Lettre ouverte cosignée par la présidente et cheffe de la direction du CPQ, Michelle LLambias Meunier, publiée le 4 septembre 2026 dans Le Devoir.
Le 5 octobre, jour des élections générales, entrera en vigueur une mesure dont presque personne n’a entendu parler. Dès cette date, quiconque achètera un réfrigérateur, une cuisinière, une laveuse ou un téléviseur paiera, sans l’avoir choisi, une garantie prolongée de trois à six ans intégrée au prix de l’appareil.
Le gouvernement l’appelle « garantie de bon fonctionnement » et la présente comme gratuite. Il s’agit dans les faits d’une garantie forcée : un plan de protection obligatoire, dont le coût sera répercuté sur chaque produit vendu au Québec. Quatre semaines plus tôt, le 8 septembre, entreront en vigueur les contre-tarifs canadiens : 25 % sur les électroménagers d’origine américaine, 50 % sur l’acier et l’aluminium entrant dans leur fabrication.
Deux chocs, les mêmes produits, les mêmes ménages, à moins d’un mois d’intervalle. L’un nous est imposé de l’extérieur. L’autre est une décision du Québec, qui peut encore être révisée.
Nos organisations partagent les objectifs de durabilité et de réparabilité de cette réforme. Ce que nous contestons, c’est la manière. Le projet de loi a été étudié en quelques heures en 2023. L’évaluation des coûts devait suivre, par règlement. Elle n’est jamais venue.
L’analyse d’impact de 2025 reconnaît elle-même n’avoir obtenu ni taux de bris, ni coûts de réparation, ni délais de service, ni portrait du réseau de techniciens. Elle a pourtant inscrit 0 $ au bas des colonnes. Une absence de données a été présentée aux Québécois comme une absence de coûts.
Or, une garantie est une assurance, et une assurance obligatoire ne coûte jamais rien. Tout assureur provisionne le risque qu’il couvre. Quand l’État rend cette couverture obligatoire pour tous, sur cinq ou six ans, transférable d’un propriétaire à l’autre, avec réparation dans un « délai raisonnable » qu’il ne définit pas, il ne fait pas disparaître le coût. Il le glisse dans le prix et le fait payer par tous, y compris par ceux qui n’auraient jamais acheté de protection prolongée.
Capacité de réparation
Depuis des mois, les fabricants, pour l’essentiel établis hors du Québec, avisent les détaillants que la réglementation québécoise les contraint à hausser leurs prix. Des chiffres de 10 à 30 % ont circulé, appliqués tantôt à tout le Canada, tantôt au Québec seulement.
Depuis l’annonce des contre-tarifs, des détaillants d’ici constatent, fournisseur par fournisseur, que certains appareils coûteront jusqu’à 40 % de plus. Ce n’est pas une décision commerciale. C’est l’addition de deux mesures gouvernementales appliquées au même produit, au même moment.
La suite est prévisible. Des ménages, pour qui une cuisinière n’est pas un luxe, paieront plus cher. Des modèles disparaîtront des étagères. Les commerces d’ici paieront pour les autres. Une garantie de six ans ne crée ni techniciens ni pièces : sans capacité de réparation, le régime produira plus de remplacements, à l’inverse de son objectif environnemental.
Pendant ce temps, des sites de vente en ligne sans aucun pignon sur rue au Canada, qui expédient à partir de l’extérieur du pays, continueront d’offrir les mêmes produits à très bas prix : aucune de ces obligations, pas plus que bien d’autres règles québécoises, ne seront respectées. Ce sont les commerces installés ici, ceux qui respectent les règles, qui feront les frais de cette concurrence déloyale.
Le gouvernement vient lui-même d’adopter une politique d’allègement réglementaire exigeant précisément la rigueur qui a manqué ici.
Nous demandons au gouvernement de reporter d’un an l’entrée en vigueur de cette garantie forcée, au 5 octobre 2027, et de réaliser d’ici là une véritable analyse d’impact, chiffrée, avec les détaillants, les fabricants, les réparateurs et les organismes de consommateurs. La date étant celle du scrutin, nous invitons chaque formation politique à dire clairement aux Québécois si elle entend leur faire payer, dès le lendemain du vote, une garantie qu’ils n’ont jamais choisie.
Signataires
Michel Rochette
Président – Québec
Conseil canadien du commerce de détail
Damien Silès
Président-directeur général
Conseil québécois du commerce de détail
Michelle LLambias Meunier
Présidente et cheffe de la direction
Conseil du patronat du Québec
Véronique Proulx
Présidente-directrice générale
Fédération des chambres de commerce du Québec
Richard Darveau
Président
Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction
François Vincent, Adm. A. ASC.
Vice-président, Québec
Fédération canadienne de l’entreprise indépendante
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