Le Québec a déjà les talents dont il a besoin

Lettre ouverte par la présidente et cheffe de la direction du CPQ, Michelle LLambias Meunier, publiée le 12 août 2026 dans Le Soleil.

Tout au long de l’été, les histoires de travailleurs étrangers temporaires ou d’étudiants étrangers contraints de quitter le Québec, faute d’un permis de séjour renouvelé, se sont multipliées.

Derrière chaque cas, une même réalité: une absurde complexité administrative qui entraîne le départ de personnes intégrées depuis plusieurs années, en emploi ou aux études, qui contribuent concrètement à la vitalité économique et sociale de leur communauté.

Puis, derrière chacun de ces cas, les entreprises et les organismes, en région comme dans les grands centres, se lèvent et unissent leurs voix pour demander leur maintien sur le territoire.

Depuis la fin de 2024, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) alerte les autorités fédérales et provinciales sur les conséquences de cette perte de talents pour notre société, les entreprises qui les emploient et pour nos institutions d’enseignement, dans des secteurs aussi variés que la santé, les services sociaux, les technologies de l’information ou l’hôtellerie. Nous ne parlions pas alors d’un risque hypothétique. Les chiffres que nous suivons trimestriellement, colligés par le gouvernement fédéral depuis 2021, confirment aujourd’hui l’ampleur du phénomène.

60 000 détenteurs de permis de travail de moins

Depuis le sommet observé à la fin de 2024, le Québec compte environ 60 000 détenteurs de permis de travail de moins sur son territoire. Un mouvement qui touche l’ensemble des catégories de résidents temporaires économiques: au total, ce sont près de 100 000 personnes en emploi, aux études ou accompagnées de membres de leur famille qui ont quitté les statistiques depuis ce sommet, une baisse de 24 % en un an et demi.

Certaines ont peut-être obtenu la résidence permanente entre temps, mais le rythme et l’ampleur du recul indiquent qu’un nombre important a simplement dû quitter le pays, faute d’une voie de maintien.

Cette décroissance n’a rien de graduel. Elle s’est nettement accélérée dans les trois derniers trimestres, au moment même où se sont conjugués l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le resserrement des seuils du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) et les nouveaux plafonds fédéraux sur les permis de travail et d’études.

Le gouvernement du Québec visait une réduction d’environ 13 % du nombre de travailleurs temporaires dans les programmes qu’il gère d’ici 2029. Avec les données dont nous disposons, cet objectif est déjà largement atteint, et ce, trois ans avant l’échéance prévue.

Le problème n’est donc plus de ralentir l’arrivée de nouveaux travailleurs temporaires. Il est de cesser de perdre, chaque trimestre, ceux qui sont déjà ici, formés, intégrés, en emploi, et dont plusieurs entreprises et institutions d’enseignement dépendent directement pour fonctionner.

Chaque renouvellement refusé n’est pas qu’une statistique : c’est un poste vacant de plus dans une entreprise qui peinait déjà à recruter, une infirmière de moins dans notre système de santé, un contrat qu’une entreprise ne pourra plus honorer, c’est une expertise que l’on a mis des mois à former qui quitte le pays, c’est une famille arrachée à une communauté qui l’avait accueillie.

Faciliter la rétention

L’urgence n’est donc plus de débattre des seuils d’admission futurs. Elle est de faciliter, dès maintenant, la rétention de celles et ceux qui contribuent déjà à notre société — qu’ils travaillent ou étudient dans nos grands centres ou en région. Ce sont des gens qui ont fait le choix du Québec, que le Québec a accueillis, et que nos entreprises et nos communautés ont choisi de retenir.

Le CPQ le demande clairement: il faut agir, concrètement, pour permettre à l’ensemble des travailleurs étrangers temporaires et diplômés étrangers déjà présents sur le territoire et en emploi de poursuivre leur parcours ici. Ces personnes ne sont pas une variable d’ajustement statistique.

Elles sont une partie de la solution à notre pénurie de main-d’œuvre — et elles ont déjà fait le plus dur: quitter leur terre natale, choisir le Québec, s’y enraciner et y contribuer. Il serait aberrant de les perdre au moment même où nous en avons le plus besoin pour pérenniser notre économie.

Consultez la version originale sur le site de Le Soleil

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