Lettre ouverte par la présidente et cheffe de la direction du CPQ, Michelle LLambias Meunier, publiée le 1er juillet 2026 dans La Presse.
Le 1er juillet est habituellement synonyme de reconnaissance et de réflexion sur ce qui nous unit comme pays. Cette année, cette date revêt toutefois une signification particulière.
Alors que les Canadiens souligneront cette journée, les gouvernements du Canada, des États-Unis et du Mexique amorceront officiellement un autre rendez-vous déterminant : la révision de l’accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
La plupart des Canadiens ont déjà entendu parler de l’ACEUM depuis son entrée en vigueur en 2020. Sa révision peut néanmoins sembler très technique. Pourtant, les choix qui seront faits au cours des prochains mois entraîneront des répercussions directes sur notre économie, nos emplois et notre compétitivité dans un contexte mondial incertain.
Depuis près de 30 ans, l’intégration économique nord-américaine constitue l’un des principaux moteurs de la croissance canadienne. Au Québec, des centaines de milliers d’emplois dépendent de nos échanges avec nos partenaires continentaux.
Nos chaînes d’approvisionnement, nos investissements et nos entreprises sont profondément interconnectés, créant un espace économique qui a contribué à la prospérité des trois pays.
Préserver les fondements de l’accord
L’ACEUM n’est pas parfait. Aucun accord commercial ne l’est.
Mais il offre quelque chose de fondamental : un cadre stable qui a permis aux entreprises canadiennes de se développer, d’innover et de rayonner. C’est pourquoi le Conseil du patronat du Québec estime que la révision qui s’amorce doit d’abord viser à préserver les fondements de l’accord. Cela ne signifie pas l’immobilisme. Au contraire.
Les réalités économiques de 2026 ne sont plus celles qui prévalaient lors des négociations de l’été 2020. L’intelligence artificielle, la transformation des chaînes d’approvisionnement, les enjeux énergétiques et les impératifs de sécurité économique imposent une réadaptation.
Dans ce contexte, la révision de l’ACEUM ne devrait pas être perçue comme un exercice à somme nulle où les gains de l’un se font au détriment des autres. Elle représente plutôt une occasion de consolider les bases d’une prospérité partagée et d’une plus grande résilience économique à l’échelle du continent.
Les trois partenaires ont tout intérêt à rechercher des solutions gagnant-gagnant. Le Canada aborde cette révision avec des atouts considérables : une économie diversifiée, des ressources stratégiques et des entreprises innovantes. Les entreprises américaines bénéficient des ressources, de l’expertise et des fournisseurs canadiens.
Quant au Mexique, il joue désormais un rôle incontournable au sein des chaînes de valeur continentales et représente un partenaire dont le potentiel économique demeure largement sous-exploité.
Dans un monde où la concurrence se joue de plus en plus entre grands blocs économiques, l’Amérique du Nord est plus forte lorsqu’elle agit comme un espace intégré et complémentaire.
Commerce interprovincial
Cette réflexion s’applique également à l’intérieur de nos frontières.
En ce sens, l’élimination des obstacles au commerce interprovincial représente l’une des occasions les plus prometteuses dont nous disposons collectivement. Les progrès réalisés sont encourageants, mais il faudra aller plus loin et plus rapidement pour tirer pleinement parti du potentiel de notre marché intérieur.
Faciliter la mobilité de la main-d’œuvre, harmoniser certaines normes et accélérer la circulation des biens permettrait d’améliorer la productivité, de stimuler les investissements et de renforcer la résilience de l’économie canadienne.
Le Canada ne doit pas choisir entre le commerce intérieur et le commerce international. Il doit réussir les deux.
Nous devons consolider notre marché intérieur tout en préservant les liens économiques qui ont contribué à notre prospérité depuis des décennies. La prospérité ne se construit pas dans l’isolement, elle repose sur l’ouverture.
À l’heure où s’amorce cette révision, souhaitons que les négociations soient guidées par le pragmatisme plutôt que par la confrontation, par la recherche de résultats concrets plutôt que par les symboles, et par une volonté commune de renforcer notre compétitivité.
Le 1er juillet nous rappelle chaque année les valeurs de notre pays. Cette année, il nous rappelle également que la prospérité du Canada repose autant sur sa capacité à travailler ensemble à l’intérieur de ses frontières qu’à bâtir des partenariats solides avec ses alliés.
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