Productivité: le Québec sur la bonne voie

Chronique par Norma Kozhaya, vice-présidente – Recherche et économiste en chef du CPQ, publiée le 10 février 2026 sur le site du journal Les Affaires.

La productivité, avec raison, a fait couler beaucoup d’encre au Québec et au Canada au cours des dernières années, et continue de le faire. C’est un ingrédient essentiel de la compétitivité et la prospérité d’une économie, puisqu’en général, une plus grande productivité signifie que l’on peut produire plus avec la même quantité de facteurs de production.

Il existe différentes façons de la mesurer. La mesure la plus utilisée est celle du travail, plus précisément la valeur de biens et de services produits par heure travaillée (ou le PIB réel par heure travaillée). Une productivité plus élevée signifie que chaque heure travaillée permet de produire plus. Trois principaux facteurs font qu’une heure de travail permet de produire plus:

1. L’investissement et le stock de capital matériel ou immatériel, soit les machines et équipements, y compris les robots, les logiciels, etc., dont disposent les travailleurs;

2. Le stock de connaissances, de compétences et de qualifications, ou le capital humain. On peut penser au taux de diplômés universitaires, au nombre de personnes analphabètes fonctionnelles, au décrochage scolaire.

3. L’efficacité dans l’utilisation des facteurs de production. Cet important déterminant de la productivité est associé à l’innovation technologique et organisationnelle, à la R-D, à la qualité des infrastructures ou à l’entrepreneuriat. On pense aussi au climat d’affaires, dont le volet réglementaire, qui peut être plus ou moins contraignant ou propice à l’investissement et à l’innovation. La structure industrielle d’une économie affecte sa productivité. Par exemple, la présence de plus ou moins de grandes entreprises, dont la productivité est généralement supérieure, la présence d’entreprises dans le secteur manufacturier de pointe, dans des secteurs intensifs en capital ou dans celui des services professionnels peuvent toutes entraîner des variations.

Il faut dire que l’évaluation de la productivité et sa variation d’année en année peut être influencée de façon un peu artificielle parfois. Des changements de prix entre les différents secteurs, comme des variations du prix du pétrole dans le cas de l’Alberta, en est un exemple. Pensons aussi à l’explosion de la productivité pendant la pandémie, alors que les heures travaillées ont chuté, mais que le PIB a relativement résisté. La tendance à long terme, toutefois, est moins sujette à ce genre de distorsions.

Ce qui retient surtout notre attention, au Conseil du patronat comme dans le monde économique, c’est la faiblesse relative de notre productivité, tant au Québec qu’au Canada. L’autre aspect qui suscite l’intérêt est sa croissance, comparativement surtout à celle des États-Unis, mais aussi à la moyenne des pays de l’OCDE — quoiqu’il y ait des variations importantes entre les différents pays membres.

Cette faiblesse est avérée et problématique. Par contre, certaines améliorations peuvent être constatées. On peut espérer qu’elles ne soient pas passagères, mais bien le début d’une tendance.

Une petite bonne nouvelle dans le contexte difficile et de «rupture» qu’on vit présentement peut être bénéfique, ne serait-ce que pour le moral et pour nous inciter à poursuivre dans la bonne direction.

On peut constater, par exemple, que la productivité dans le secteur des entreprises a augmenté de façon plus marquée au Québec entre 2010 et 2024 comparativement aux autres provinces (17% au Québec comparativement à 13% en moyenne au Canada et 11% en Ontario).

Source: Statistique Canada. Tableau 36-10-0480-01 Productivité du travail et mesures connexes par industrie du secteur des entreprises et par activité non commerciale.

On constate aussi, en parallèle, que les investissements en technologies de l’information et des communications (TIC), comprenant les ordinateurs, les produits électroniques et les logiciels, ont augmenté aussi de façon intéressante au Québec. Ces investissements par travailleur ont crû de 41% au Québec entre 2010 et 2024 comparativement à 25% en moyenne au Canada et en Ontario). Le Québec investit toujours moins que l’Ontario à ce chapitre (3145$ par travailleur au Québec et 3654$ en Ontario), mais l’écart a fondu de pratiquement la moitié.


Source: Statistique Canada. Tableau 36-10-0098-01, Flux et stocks de capital fixe non résidentiel pour l’ensemble des industries, selon le type d’actif, provinces et territoires.

Le Québec a aussi fait des progrès importants en matière de diplomation universitaire. Même s’il demeure plus bas que celui de l’Ontario, reflétant un certain retard historique, le pourcentage de la population âgée de 25 à 64 ans qui détient un diplôme universitaire est passé de 26% en 2014 à 35% en 2024.  

Dans le contexte d’incertitude et des tensions commerciales avec l’administration Trump, il est encourageant de constater que le Québec a réalisé des progrès intéressants au cours des quinze dernières années en termes de productivité dans le secteur des entreprises, même si beaucoup reste à faire.

Il faudrait maintenant s’assurer de mettre en place un environnement d’affaires fiscal et réglementaire permettant d’avoir une croissance encore plus importante et plus significative. C’est un impératif pour notre niveau de vie face à la fin de l’ère de relative complaisance permise par un accès facile au marché américain.

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