Résumé
Le Québec fait face à des défis démographiques majeurs, marqués par un besoin croissant de main-d’œuvre qualifiée. En 2024, on ne comptait que 93 jeunes Québécois pouvant entrer sur le marché du travail pour chaque 100 départs à la retraite possibles, ce qui illustre un déséquilibre préoccupant. Depuis la dernière planification pluriannuelle de l’immigration, ce déficit a été partiellement comblé par la contribution des immigrants économiques – travailleurs permanents, temporaires et étudiants étrangers –, qui occupent des postes dans des secteurs essentiels touchés par des pénuries, comme la santé, l’éducation, l’ingénierie, les technologies de l’information et la recherche scientifique. Par leurs compétences et leur formation, ces nouveaux arrivants soutiennent la croissance des entreprises québécoises et contribuent à la prospérité collective.
Au-delà de son apport économique, l’immigration enrichit également le tissu culturel du Québec et la vitalité de ses régions. Les perspectives et expériences variées des personnes issues de l’immigration peuvent favoriser l’innovation, la tolérance et l’inclusion. Cette diversité culturelle renforce aussi la compétitivité internationale des entreprises, en leur permettant de mieux comprendre les réalités multiculturelles et les marchés mondiaux.
Cela dit, en matière d’accueil de demandeurs d’asile, le Québec a assumé ces dernières années une part disproportionnée de leur prise en charge par rapport à son poids démographique au sein de la fédération canadienne. Une meilleure répartition de ces personnes à travers le pays est nécessaire pour atténuer la pression exercée sur le Québec.
Pour répondre aux défis démographiques et économiques, tout en favorisant une intégration réussie des immigrants, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) recommande d’augmenter les seuils d’immigration permanente et d’aligner une grande part de la sélection des candidats sur les besoins socioéconomiques et ceux du marché du travail. En ce qui concerne l’immigration temporaire, il est crucial que le Québec incite le gouvernement fédéral à revoir les règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) afin de faciliter l’accès à des travailleurs de tous niveaux de qualification, notamment en retirant la limite de 10 % de TET à bas salaires dans les entreprises, en rétablissant la durée de deux ans pour ces permis et en abolissant l’interdiction de recruter dans les régions métropolitaines où, selon le gouvernement, le taux de chômage serait élevé. Le CPQ recommande aussi que le gouvernement du Québec élargisse et maintienne la procédure de traitement simplifié et l’exemption sur le ratio d’embauche. Par ailleurs, il importe de faciliter l’accès à la résidence permanente pour les travailleurs temporaires déjà présents au Québec.
Le soutien aux entreprises dans leurs efforts de recrutement et d’intégration des travailleurs étrangers demeure essentiel. De plus, il faut maintenir les activités pour attirer les étudiants étrangers et retirer les seuils limitant leur nombre. Pour favoriser l’intégration, il est également recommandé de privilégier l’immigration francophone ou francophile, d’offrir des cours de francisation adaptés avant et après l’arrivée, de renforcer la reconnaissance des acquis et des compétences des personnes immigrantes, et d’encourager une collaboration étroite entre les employeurs, les employés, les organismes d’employabilité et les gouvernements locaux, notamment pour mettre en place des mesures d’intégration régionales efficaces.
En somme, l’immigration demeure un levier stratégique incontournable pour répondre aux défis économiques et sociaux du Québec(1). Elle nécessite toutefois une planification rigoureuse, des règles adaptées aux réalités du marché du travail et des investissements soutenus dans l’intégration afin que l’économie du Québec puisse continuer à bénéficier pleinement de ses retombées positives.
En conséquence, pour les six orientations figurant dans le cahier de consultation, le CPQ défend les positions ci-dessous et propose les principales mesures suivantes :
Orientation 1 : nous ne pouvons souscrire à la volonté du gouvernement du Québec de réduire de 13 % le nombre de personnes résidentes non permanentes au Québec en lien avec le PTET. Il est fondamental pour notre économie de maintenir la proportion actuelle de TET au sein de ce programme et d’en alléger le fonctionnement.
Orientation 2 : le CPQ ne souscrit pas aux trois scénarios de seuils permanents préconisés par le gouvernement du Québec pour les quatre prochaines années. Il recommande d’augmenter la cible d’immigration permanente afin que le Québec puisse admettre 44 800 immigrants économiques permanents par année, afin de répondre aux besoins économiques et démographiques du Québec.
Orientation 3 : viser une proportion de plus de 75 % de connaissance du français chez les personnes immigrantes permanentes nous semble réaliste, dans la mesure où le gouvernement du Québec facilite les choses en fournissant les moyens suffisants aux travailleurs et aux entreprises pour permettre un apprentissage adéquat de la langue.
Orientation 4 : nous appuyons l’accroissement de la part des personnes immigrantes permanentes déjà présentes au Québec, afin qu’elles représentent entre 63 et 66 % des admissions à la fin de la période. Toutefois, une telle progression ne serait réaliste et vraiment efficace que dans le cadre d’un rehaussement du seuil annuel d’admission de résidents permanents à 70 000 personnes.
Orientation 5 : nous appuyons le principe de maintenir une forte proportion d’immigration économique, soit de plus de 60 %, dans les admissions permanentes, afin de répondre aux enjeux de main-d’œuvre dans les secteurs stratégiques priorisés de l’économie québécoise. Toutefois, seul un scénario à 70 000 immigrants permanents permettrait au Québec de mieux remplir ses responsabilités éthiques et internationales, tout en donnant à l’économie québécoise les moyens d’atteindre son plein potentiel de développement.
Orientation 6 : nous appuyons la volonté du gouvernement du Québec de rééquilibrer la répartition des admissions dans les programmes d’immigration humanitaire afin d’assurer une meilleure attribution à travers la fédération canadienne.
Note
- À titre d’exemple, selon le directeur parlementaire du budget, en raison de la récente décision du gouvernement fédéral de limiter l’immigration, la croissance économique du Canada sera inférieure de 1,7 % à ce qu’elle aurait été sans cette baisse. Exprimé en dollars, ce ralentissement équivaut à une production inférieure de 37 milliards de dollars par année.