Lettre ouverte par la présidente et cheffe de la direction du CPQ, Michelle LLambias Meunier, publiée le 26 avril 2026 dans La Presse.
Les chiffres sont éloquents. Depuis plusieurs mois, les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers quittent le Québec en nombre. Ce ne sont pas des départs choisis, mais des départs subis : faute de pouvoir renouveler leur permis ou accéder à la résidence permanente, des milliers de personnes déjà intégrées à notre société s’en vont. Et elles s’en vont au moment précis où notre économie peut se le permettre le moins.
Le Québec vieillit et notre population active est sous pression. Les départs à la retraite s’accélèrent, et la relève, bien que mobilisée, ne suffit pas à pourvoir les postes vacants dans des secteurs entiers (construction, santé, alimentaire, technologies, services, etc.). Or, une population qui vieillit et qui décline n’est pas une population propice à l’innovation. L’innovation carbure à la diversité des profils, à la densité des talents, à la circulation des idées.
Dans les conditions actuelles, du point de vue de l’élan démographique, il sera très difficile d’améliorer la productivité du Québec ; cette productivité qui demeure, de l’avis de tous les analystes, la clé de notre prospérité collective.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire deux annonces récentes. D’abord, le gouvernement du Québec a accepté de ramener, pour les deux prochaines années, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ). C’est une bonne nouvelle. Le PEQ a fait ses preuves : il permettait à des diplômés et à des travailleurs déjà bien intégrés de franchir l’étape de la résidence permanente sans l’incertitude d’une loterie d’invitations. Son retour, même temporaire, redonne un horizon à des milliers de personnes qui, autrement, repartiraient avec leurs compétences.
Ensuite, le gouvernement fédéral, dans son dernier budget, a proposé de faciliter, chaque année, le passage à la résidence permanente de 33 000 travailleurs supplémentaires déjà présents sur le territoire canadien. Pour maximiser les impacts bénéfiques du retour du PEQ, Québec devrait accepter sa part. Compte tenu du fait qu’environ 30 % des titulaires du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) au Canada se trouvent déjà au Québec, la quote-part qui nous revient représente au moins 10 000 personnes de plus.
Et c’est ici qu’il faut être très clair, parce que le débat public tend à tout confondre : il ne s’agit pas de nouvelles arrivées sur le territoire, il ne s’agit pas d’ouvrir une vanne. Il s’agit de personnes qui sont déjà chez nous, qui occupent déjà un emploi, qui parlent déjà le français, qui sont déjà logées, qui paient déjà de l’impôt au Québec, qui n’ont pas d’antécédents judiciaires et qui participent activement à la vie économique et sociale de nos régions, souvent là où les bras manquent le plus. Agir ainsi, c’est mieux arrimer l’immigration aux besoins socioéconomiques du Québec.
Refuser cet ajustement, pour deux ans, ce n’est pas « réduire l’immigration » : c’est la transformer en porte tournante. C’est renvoyer à l’étranger, avec leur expérience québécoise, des gens que nous avons contribué à former, franciser et intégrer.
C’est affaiblir nos entreprises, en particulier les PME régionales, au moment où elles doivent absorber des turbulences économiques, une transition technologique, énergétique et démographique d’une ampleur inédite.
Le débat sur la capacité d’accueil est compréhensible, mais il ne doit pas servir d’angle mort à une évidence : la pire des politiques serait de décourager ceux qui sont déjà là, en règle, qui travaillent, et qui veulent rester. Accepter le retour du PEQ et y ajouter, pour deux ans, notre juste part des 33 000 TET proposée par Ottawa, ce n’est pas céder à la pression. C’est reconnaître et protéger l’économie que nous avons mis des années à bâtir.
Le Québec a besoin de ces personnes. Elles sont déjà ici et ce serait un autre pas dans la bonne direction.
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