Faire du bien-être notre «boussole électorale»

Lettre ouverte cosignée par Arnaud Champalbert, vice-président, affaires publiques et chef des contenus au CPQ, publiée le 22 juin 2026 dans La Presse.

L’été s’en vient, les vacances aussi. Et c’est tant mieux, tout le monde a droit à du repos. Nous aurons bien entendu la tête ailleurs pendant quelques semaines, mais les débats sur ce qui compte reprendront vite à la rentrée, alors que nous retournons aux urnes pour choisir notre prochain gouvernement.

Pour nous, membres du G15+, en cette période d’instabilité économique et géopolitique, le renforcement du bien-être des Québécois – sous toutes ses facettes – et le renforcement du dialogue social doivent figurer comme des enjeux fondamentaux de la prochaine campagne électorale.

Comme plusieurs sociétés à travers le monde, nous traversons une période de profondes turbulences. Ceux et celles qui aspirent à gouverner le Québec devront avoir le courage de s’attaquer avec sérieux et cohérence aux inégalités sociales et la pauvreté qui augmentent, au renforcement de notre économie fragilisée, aux avancées rapides de l’intelligence artificielle qui bouleversent le marché du travail, aux crises du logement et de l’itinérance qui s’aggravent, à la difficulté grandissante de pouvoir se nourrir sainement, aux impacts des changements climatiques qui s’accélèrent et aux difficultés d’accès aux soins de santé et à l’éducation.

En 2020, en pleine pandémie, nous avons lancé le G15+, une alliance d’acteurs issus des milieux économique, syndical, environnemental, académique, communautaire et culturel.

Nous avons alors proposé une feuille de route pragmatique et rassembleuse pour construire un Québec à la fois vert, solidaire et prospère, capable de traverser, à sa manière, les turbulences auxquelles nous faisons face.

Dans le contexte des prochaines élections, les grands éléments de cette feuille de route tiennent toujours la route :

  • Promouvoir une économie durable et protéger nos talents par le développement des compétences, l’innovation, l’adaptation aux nouvelles technologies ainsi que la mobilisation des travailleurs et des entreprises dans les transformations en cours.
  • Accélérer la transition écologique et aménager des milieux de vie de qualité en renforçant notre résilience face aux changements climatiques, en réduisant les inégalités sociales, en sécurisant notre autonomie alimentaire, en encourageant l’efficacité et la sobriété énergétiques, en protégeant la biodiversité et en concevant des communautés où il fait bon vivre.
  • Améliorer l’équité et l’égalité des chances, notamment par un meilleur accès au logement, à l’habitation communautaire et sociale, à l’éducation, à la mobilité, à la culture et aux services de santé.

Bref, nous voulions qu’on parle « des vraies affaires ». Tout en se rappelant qu’on est collectivement capables de relever ces défis et d’en sortir plus forts.

L’ambiance générale et les urgences du moment peuvent porter à croire que ces enjeux n’intéressent plus personne – ou si peu. Détrompez-vous. Quoi de plus fondamental que notre bien-être, individuel et collectif, en ces périodes troubles que nous traversons ?

Cette approche par le bien-être a été mise à l’essai ailleurs. En Islande, le gouvernement de l’ancienne présidente Katrín Jakobsdóttir a instauré un cadre de 39 indicateurs couvrant les dimensions sociales, économiques et environnementales de la qualité de vie.

En Nouvelle-Zélande, le gouvernement de Jacinda Ardern a présenté, en 2019, un premier « Budget du bien-être », dans lequel des indicateurs sociaux ont guidé des investissements de plusieurs milliards de dollars en santé mentale, dans la lutte contre la précarité économique des enfants et pour combattre la violence domestique.

Une telle approche – reprise par les gouvernements membres de l’Alliance Wellbeing Economy Governments (WEGO) dont la Finlande, l’Écosse, la Nouvelle-Zélande, l’Islande, le Pays de Galles et le Canada – nous amène à voir au-delà du PIB comme principal indicateur de progrès. Elle nous force à mesurer ce qui compte et la valeur globale qu’on génère comme société.

Nous avons nous-mêmes développé, au G15+, une série d’indicateurs de bien-être qui offrent un portrait d’ensemble de l’évolution de la société québécoise au fil des années et des tendances de fond qui l’affectent. Nous en sommes à la quatrième édition de cette cinquantaine d’indicateurs, dévoilés en novembre dernier.

Les données révèlent que, même si le bien-être au Québec demeure l’un des plus élevés au monde, une détérioration de plusieurs indicateurs environnementaux et sociaux – notamment en logement, en sécurité alimentaire et en santé mentale – fait craindre une aggravation de la situation actuelle, surtout pour les plus vulnérables.

Pour éviter que la situation ne s’aggrave et pour rétablir la situation, nous devons protéger ce qui nous rend résilients : notre filet social, le dynamisme et la diversité de notre économie, les politiques de redistribution de la richesse et la qualité du dialogue social.

À l’aube de la prochaine campagne électorale, le G15+appelle les différentes formations politiques à adopter l’objectif de renforcer le bien-être des Québécois. Et à éviter de tomber dans un ensemble pêle-mêle de mesures sectorielles en faisant du bien-être une boussole qui guide les décisions budgétaires, législatives et réglementaires de l’État.

Au prochain gouvernement, quel qu’il soit, nous réitérons notre volonté de travailler avec lui pour développer des politiques publiques qui feront du Québec un coin de continent de haute qualité de vie où l’on retrouve toujours le sain dialogue social qui nous caractérise depuis si longtemps.

Cosignataires :

  • Béatrice Vaugrante, Directrice générale, Oxfam-Québec
  • Isabelle Dubé-Côté, Présidente et cheffe de la direction, Écotech Québec
  • Martin Vaillancourt, Directeur général, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)
  • Samuel Pagé-Plouffe, Directeur – Affaires publiques et gouvernementales, Vivre en ville
  • Nathalie Prud’homme, Présidente, Ordre des urbanistes du Québec
  • Tommy Théberge, Directeur général, Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ)
  • Patrick Rondeau, Directeur syndical – Environnement et transition juste, Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ)
  • Magali Delomier, Directrice générale adjointe, Union de producteurs agricoles (UPA)
  • Christophe Aura, Président, COPTICOM, Stratégies & relations publiques

Consultez la version originale sur le site de La Presse

Est-ce que cela a été utile ?
OuiNon