Régime québécois d’assurance parentale: un changement qui appelle à la prudence

Lettre ouverte par la présidente et cheffe de la direction du CPQ, Michelle LLambias Meunier, publiée le 24 février 2026 dans Les Affaires.

Cette semaine se poursuit l’étude article par article du projet de loi 7 en commission parlementaire et il sera notamment question de la fusion du Conseil de gestion de l’assurance parentale (CGAP) avec Retraite Québec.

À première vue, il pourrait s’agir d’un simple ajustement administratif. Pour les employeurs québécois, il s’agit d’un changement qui appelle à la prudence.

Le Régime québécois d’assurance parentale constitue un modèle distinctif. Il repose sur un fonds qui finance des prestations d’une valeur approximative de 3 milliards de dollars, entièrement financé par les cotisants, salariés et employeurs, sans contribution gouvernementale. Une telle architecture commande une gouvernance indépendante et une participation réelle de ceux qui en assurent le financement.

Le Québec est la seule province canadienne à avoir mis en place un régime d’assurance parentale distinct du régime fédéral, mieux adapté à sa réalité économique et démographique. Cette spécificité est le fruit d’un choix collectif réfléchi: un régime financé par les cotisants, administré dans leur intérêt et conçu pour soutenir à la fois les familles et le marché du travail.

Depuis sa création, le régime, tout comme le réseau de services de garde, a contribué à renforcer la participation des femmes au marché du travail et à réduire les interruptions prolongées de carrière. Puis, il encourage le deuxième parent à s’impliquer dans les premières années de vie de son enfant en favorisant un partage du congé.

Moderniser l’appareil administratif peut être légitime. Mais une réforme ne doit ni affaiblir la voix des cotisants ni compromettre l’intégrité financière du régime. Si une fusion devait aller de l’avant, la loi devra garantir deux choses: une représentation décisionnelle claire des employeurs et des travailleurs, et l’affectation exclusive des sommes à la mission du régime.

Les cotisations versées, majoritairement par les employeurs, n’ont qu’un seul objectif, celui de soutenir les parents et assurer la pérennité du régime. Elles ne peuvent devenir un outil d’ajustement budgétaire ni servir à absorber d’autres pressions financières de l’État.

Les employeurs ont accepté de financer ce régime parce qu’il repose sur une gouvernance claire et une séparation nette entre les cotisations et les finances publiques. Fragiliser cet équilibre risquerait d’éroder la confiance des cotisants et d’introduire une incertitude inutile dans un environnement économique déjà exigeant.

Dans un Québec marqué par le vieillissement démographique et la rareté de main-d’œuvre, ce régime joue un rôle stratégique. Il favorise le maintien en emploi, soutient la participation au marché du travail et contribue à la vitalité économique. J’ai moi-même eu la chance d’en bénéficier, ce qui m’a permis de concilier mes responsabilités professionnelles et mon projet familial.

Préserver son autonomie et sa gouvernance n’est pas un détail administratif. C’est un choix de cohérence, de responsabilité et de respect envers celles et ceux qui le financent.

Ce type de décision ne devrait pas être abordé à la hâte. Une réforme qui touche un régime financé exclusivement par les cotisants mérite une analyse rigoureuse, approfondie et dégagée des considérations conjoncturelles. Le Québec a su bâtir un modèle distinctif et efficace: prenons le temps de bien faire les choses afin d’en préserver les fondements.

Consultez la version originale sur le site du journal Les Affaires

Est-ce que cela a été utile ?
OuiNon