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Élections provinciales : Parlons main-d’œuvre et parlons-en bien !

Publié le 13 septembre 2018
Yves-Thomas Dorval
Président directeur général du Conseil du patronat du Québec
+ Information additionnelle

La table est mise. Le milieu est prêt. Les employeurs sont prêts à s’adapter. À quelques jours du scrutin, les élus seront-ils au rendez-vous pour s’engager à donner à la Stratégie nationale sur la main-d'oeuvre les moyens de ses ambitions par des outils concrets?

Lettre d'opinon du PDG du CPQ
La Presse+, p. web – 13 septembre 2018

À la veille du grand Rendez-vous national de la main-d’œuvre, organisé par le gouvernement à l’hiver 2017 avec l’ensemble des parties prenantes du marché du travail, un sondage effectué pour le compte du Conseil du patronat du Québec (CPQ) révélait que 70 % des entreprises, toutes tailles confondues, éprouvent des difficultés de recrutement.

Il s’agit de l’enjeu numéro un des employeurs au Québec ! Pourtant, il est regrettable de constater, à mi-campagne, que ce dernier a surtout été abordé de manière réductrice ou à travers des débats émotifs et identitaires sur l’immigration.

Alors que s’amorce la période des grands débats télévisés, il importe aux employeurs du Québec d’entendre les chefs de parti sur leurs engagements concrets pour contrer les déficits de main-d’œuvre identifiés dans plusieurs secteurs économiques, un peu partout au Québec, et qui sont parfois criants dans certaines régions.

Dans la foulée, il serait opportun de mettre plus d’accent sur un autre thème peu abordé à ce stade de la campagne : l’éducation et la formation.

Afin de bien saisir les tendances ainsi que la hauteur des défis économiques et sociaux qui nous attendent collectivement pour renouveler notre bassin de main-d’œuvre, examinons la situation telle qu’elle est.

1,5 million d'emplois

Dans la prochaine décennie, c’est un million et demi d’emplois au net qui seront à pourvoir. La grande majorité de ces emplois consisteront à remplacer les départs à la retraite et environ 20 % résulteront de la croissance économique. En matière de prospérité collective, c’est probablement le plus grand défi auquel le Québec fait face.

Un peu plus de 50 % des personnes qui vont occuper ces emplois sont actuellement sur les bancs d’école. Nos défis économiques et sociaux vont être mieux soutenus par des citoyens bien instruits et par des travailleurs à jour dans leurs connaissances et leurs compétences. Devant l’importance que représente cet apport en main-d’œuvre, il nous apparaît fondamental de remettre l’éducation et la formation au centre du discours électoral.

Près de 25 % de ces postes devront être pourvus par des nouveaux arrivants.

Nous parlons ici d’immigration économique et plus spécifiquement de personnes adultes sélectionnées en fonction des besoins et prêtes à entrer très rapidement sur le marché du travail, notamment en région. Or celles-ci ne représentent qu’une infime partie (environ 30 %) de l’ensemble de l’immigration au Québec, d’où l’importance de ne pas réduire cet apport de main-d’œuvre indispensable. On devrait parler davantage de propositions visant l’intégration, la francisation, la régionalisation, l’accompagnement et, surtout, la reconnaissance des compétences (un problème criant).

Le reste (l’autre 25 %) devra être pourvu par des personnes qui sont actuellement sous-représentées dans le marché du travail. Ce bassin est composé principalement de travailleurs potentiels issus des communautés autochtones, de personnes avec un handicap, de travailleurs d’expérience près de la retraite ou de personnes en réinsertion sociale. À ce jour, à part certaines initiatives, notamment par les employeurs eux-mêmes et des organismes communautaires d’employabilité, peu d’engagements concrets ont été pris pour aider ce bassin de la population désireux d’intégrer le marché du travail.

La situation démographique et du marché du travail au Québec, de même que les grandes mutations de l’économie mondiale, ne nous autorise plus le luxe d’échapper qui que ce soit.

Voilà pourquoi le CPQ a promu et a été l’instigateur du développement de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre (SNMO). Tout juste dévoilée en mai dernier, cette stratégie est une feuille de route pour travailler collectivement, toutes les parties prenantes ensemble – partenaires d’affaires, syndicaux, du milieu de l’éducation et gouvernementaux –, à relever les défis de l’emploi.

La table est mise. Le milieu est prêt. Les employeurs n’attendent plus pour s’adapter. À quelques jours du scrutin, les élus seront-ils au rendez-vous pour s’engager à donner à cette stratégie les moyens de ses ambitions par des outils concrets ?

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