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Pas de relance économique si le gouvernement ne priorise pas l’accès à une main-d’œuvre…

De tous les ingrédients pour assurer une véritable relance, le capital humain est probablement le plus fondamental.

Lettre ouverte par Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ, publiée le 25 mars 2021 sur le site du journal Métro Montréal.

À l’aube du dévoilement du budget du gouvernement du Québec, alors que doit s’amorcer une graduelle réouverture de l’économie pour les secteurs les plus durement affectés, tous les intervenants ont les yeux rivés sur ce qu’annoncera le ministre des Finances.

Depuis plus d’une année maintenant, tous les secteurs d’activités économiques ont connu des soubresauts et des transformations. Certains ont tiré leur épingle du jeu et réussi à traverser la crise sans trop de mal, comme l’industrie de la construction et de la rénovation qui a vu ses activités monter en flèche. D’autres au contraire ont connu un arrêt presque complet, dont le secteur de l’aérospatial et l’écosystème touristique. Les aides gouvernementales de Québec et d’Ottawa ont empêché le pire en attendant la vaccination de masse, mais la relance qui suivra n’est pas assurée pour tous et en même temps.

Le budget dévoilé cette semaine constituera une réponse, certainement imparfaite vu l’imprévisibilité de la pandémie. Cependant, les intentions seront d’une importance cruciale : est-ce que le gouvernement saura répondre aux préoccupations de la communauté économique?

Le Conseil du patronat a présenté au ministre des Finances une série de recommandations, forte de l’apport de nos membres issus de tous les secteurs et de toutes les régions, qu’ils soient des entreprises, des associations ou des institutions.

Plusieurs propositions visent à encourager la reprise des investissements, notamment dans les secteurs stratégiques. On souhaite aussi que le gouvernement renforce son soutien financier dans le secteur des transports collectifs, en particulier ceux qui relient les régions. Une série de mesures est suggérée pour faire de la lutte aux changements climatiques un axe économique favorable à l’investissement, à la compétitivité des entreprises et à la croissance des PME. Enfin, surtout cette année, il faut absolument éviter d’alourdir le fardeau des entreprises, qu’il soit de nature fiscale ou réglementaire.

Mais malgré la grande diversité d’employeurs consultés par le CPQ, ces derniers s’entendent sur l’importance du capital humain : une main-d’œuvre en qualité et en quantité.

Le capital humain, l’ingrédient dont on ne peut se passer

De tous les ingrédients pour assurer une véritable relance, le capital humain est probablement le plus fondamental. Pour le CPQ, il est clair que les travailleurs et les directions d’entreprises doivent être suffisamment outillés pour s’adapter aux changements que l’on voit s’opérer dans l’organisation du travail. Avec l’automatisation, la robotisation et l’extension du numérique qui s’accélèrent, ces innovations nécessiteront aussi des investissements en formation. C’est pourquoi le déficit en littéracie, en numératie et en compétences numériques représente un irritant majeur, alors que le taux d’analphabétisme est trop élevé partout au Québec.

De plus, la pénurie de main-d’œuvre qui perdure met à risque les capacités des entreprises de déployer, voire de maintenir, leurs activités. Le gouvernement doit y remédier. Comment? En encourageant la réussite des jeunes, le maintien ou le retour au travail des travailleurs d’expérience, en misant sur l’intégration de différents groupes sous-représentés sur le marché du travail, dont les personnes issues des nations autochtones et celles en situation de handicap, et surtout, en comptant sur des travailleurs issus de l’immigration et des étudiants étrangers, autant pour en attirer davantage que pour les retenir.

À ce chapitre, il est extrêmement inquiétant de constater que le Québec, qui vit une véritable pénurie de main-d’œuvre dont l’ampleur se fait que grandir, ne représente plus que 12 % de l’ensemble de l’immigration qui rentre au pays. Comment pouvons-nous nous priver d’autant de travailleurs alors que les besoins sont criants dans toutes les régions, alors que la relance tant attendue est encore devant nous?

Le Québec peut reprendre la voie d’une prospérité solide, inclusive et durable, à condition qu’il place au premier rang de ses priorités l’accès au capital humain et à son développement. C’est sur cette condition que repose la relance.

Pas de relance économique si le gouvernement ne priorise pas l’accès à une main-d’œuvre…