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Les Québécois doivent renouer avec l'esprit de coureur des bois qui sommeille en eux!

Discours du président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, à l’occasion d’un colloque de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (Québec, 1er février 2007)

Bonjour mesdames et messieurs.

C'est un honneur et un privilège pour moi d'être ici aujourd'hui.

Je remercie tout particulièrement le directeur général de votre corporation, Luc Martin. Luc siège au conseil d'administration du Conseil du patronat du Québec. J'apprécie beaucoup sa contribution à nos activités et je le remercie de m'avoir invité ce matin.

Vous le savez peut-être, le CPQ et votre corporation ont été compagnons d'armes dans certains dossiers. Je pense entre autres à la question de l'assujettissement de la machinerie de production à la loi R-20 régissant l'industrie de la construction.

Le CPQ partage également vos préoccupations concernant la rigidité et la lourdeur de la réglementation gouvernementale, et les coûts qu'elle impose aux entrepreneurs en construction.

Notre programme d'action 2007-2009, notre « plateforme », sera dévoilé dans quelques semaines et il fera écho à ce problème.

Outre la question du fardeau réglementaire, cette plateforme s'attaquera à quatre autres grands enjeux communs à nos membres

  • un fardeau fiscal compétitif (entreprises et particuliers);
  • rémunération globale concurrentielle (les taxes sur la masse salariale);
  • main-d'oeuvre compétente et qualifiée;
  • un régime de santé et de sécurité au travail plus équitable et performant.

Le tout avec l'objectif d'avoir au Québec un climat d'affaires permettant aux entrepreneurs comme vous de créer de la richesse.

Il faudra convaincre les gouvernements. C'est notre travail quotidien de « lobbying ».

Il faudra aussi convaincre le grand public. Si monsieur et madame tout le monde n'est pas convaincu des bienfaits de nos propositions, les décideurs politiques pourront difficilement aller de l'avant.

Il faut donc établir un dialogue avec le grand public, faire de la « pédagogie économique », rehausser chez le citoyen moyen le niveau de sympathie envers les gens d'affaires.

Comment convaincre le grand public ?

Peu de Québécois seront sympathiques à un programme du CPQ basé uniquement sur des promesses de réductions d'impôt ou d'allégement réglementaire. La bataille devra aussi être menée avec des arguments culturels et historiques.

Nous devons sans cesse mener une bataille d'idées, une bataille qui fait autant appel aux émotions qu'à la raison.

À l'heure actuelle, ceux qui, au Québec, font la promotion de réformes visant à créer un meilleur environnement d'affaires (comme la réduction de la réglementation, la baisse des impôts ou la fin des monopoles d'État), sont montrés du doigt comme propagandistes de valeurs américaines ou « anglo-saxonnes ».

Un exemple récent : Mario Dumont, chef de l'ADQ, accusé par André Boisclair d'être « l'un des plus vieux politiciens républicains à la sauce américaine que connaisse le Québec ».

Bref, on ne peut tout simplement pas être un « vrai Québécois », ou même un « vrai Canadien » si on souhaite que l'État intervienne moins et laisse davantage de liberté économique aux entrepreneurs.

Cet argument « nationaliste » qui fait appelle à l'émotion doit être contré par des arguments de même nature.

Or, c'est un mythe que les politiques interventionnistes de l'État constituent le fondement de l'identité québécoise.

Les idées, les concepts et les valeurs qui sous-tendent une économie dynamique de libre marché font partie de l'héritage culturel du Québec, de notre fibre nationale. C'est une chose dont nous devrions être fiers et vis-à-vis de laquelle nous devrions nous « reconnecter » culturellement.

Si on retourne en arrière, le Québec avait l'un des gouvernements les moins interventionnistes sur le continent jusqu'à la Révolution tranquille des années 60.

Lorsque le président américain Roosevelt a lancé son New Deal dans les années 30, Louis-Alexandre Taschereau, le premier ministre québécois libéral de l'époque, a qualifié cette politique, et je cite, « d'aventure socialisante frisant le communisme ».

On peut retourner encore plus loin dans l'histoire du Québec et observer le même phénomène.

Pensez aux coureurs des bois qui allaient acheter aux Amérindiens des fourrures qui étaient revendues en Europe.

Pensez à deux entrepreneurs du temps de la Nouvelle-France, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers. Devant les restrictions imposées au commerce en Nouvelle-France, ils s'allièrent à des marchands anglais et furent à l'origine de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Même aujourd'hui, il y a encore au Québec une forte tradition de libre entreprise, de liberté individuelle et de responsabilité personnelle. Vous en êtes la preuve.

En fait, plusieurs sondages nous confirment également que cette culture est présente chez le Québécois moyen.

1. Un sondage Léger Marketing du 29 janvier 2004 démontrait que 70 % des Québécois souhaitaient que le gouvernement Charest respecte sa promesse de réduire les impôts.

2. Selon un sondage du 1er juin 2004, 51 % des Canadiens, et 68 % des Québécois, accepteraient de permettre à leurs concitoyens de souscrire des services de soins de santé privés en autant que le système public soit conservé.

3. Un sondage du 11 novembre 2004 a montré que presque la moitié des Québécois accepterait un taux unique d'imposition. Et ce, même si personne ne défend activement cette idée.

4. Le 26 avril 2005, 52 % des Canadiens se sont déclarés en faveur des soins de santé privés; ce pourcentage s'élevait à 65 % au Québec.

Il est temps que nous commencions à expliquer qu'on peut être un vrai Québécois tout en voulant réduire le contrôle qu'exercent les gouvernements sur nos activités économiques et le reste de nos vies!

Il est temps de rappeler aux Québécois leur véritable histoire d'entrepreneurs et l'indépendance d'esprit qui a déjà été au coeur de leur culture.

Il est temps de montrer aux Québécois que les héritiers de cette culture – les bâtisseurs et les entrepreneurs comme vous – doivent jouir d'une plus grande liberté économique et de moins de bâtons dans les roues.

C'est à cette tâche que le CPQ s'attaque en votre nom sur une base quotidienne et je vous remercie de votre appui.

Merci.
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