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Cap sur la prospérité - Comment mieux faire entendre la voix des créateurs de richesse

Discours du président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, devant la section québécoise de la Building Owners and Managers Association (BOMA Québec) (Montréal, 27 septembre 2007)

Bonjour mesdames et messieurs.

C'est un honneur et un privilège de m'adresser à vous tous aujourd'hui.

Qui plus est, s'agissant d'un événement tenu chez Toqué, ce sera aussi, j'en suis sûr, un plaisir culinaire que d'être ici.

Je tiens à remercier votre président, M. Nadim Hanna, ainsi que Mme Linda Carbone, d’avoir initié cette invitation. Nadim a siégé au conseil d'administration du CPQ et il a été l'un des plus dynamiques initiateurs des importantes réformes à notre gouvernance et à nos instances, réformes que nous avons complétées avec succès l'an dernier.

En préparant ce discours, j'ai lu sur votre site Web que l'ancienne Building Owners and Managers Association, fondée en 1907 aux États-Unis, est devenue BOMA International en 1968, au moment où elle a accueilli des filiales dans divers pays, dont le Canada.

Un peu comme au CPQ, chacune de vos associations maintient son identité propre, mais vous collaborez dans un regroupement plus large pour défendre vos intérêts. Au CPQ, il s'agit de regrouper les forces des diverses associations sectorielles afin de travailler selon une perspective d'employeurs.

Cette semaine, vous avez peut-être remarqué l'intervention du CPQ en faveur d'un objectif de 60 000 immigrants par année au Québec, soit le plus ambitieux des cinq scénarios actuellement étudiés par l'Assemblée nationale.

Dans le contexte de notre société vieillissante, l'apport des immigrants est crucial compte tenu des besoins en main-d'oeuvre des entreprises du Québec.

Mais l'immigration n'est pas qu'une simple question de main-d'oeuvre. C'est aussi, d'abord et avant tout, une grande aventure personnelle pour ceux qui se lancent dans une nouvelle vie en laissant derrière eux leur terre natale. C'est également un défi, sur le plan de l'intégration, pour la société d'accueil. Et comme on le constate tous les jours dans les médias ces temps-ci – avec la Commission Bouchard-Taylor – il s'agit d'un défi qui n'est pas toujours évident à surmonter.

On nous reproche souvent à nous, les gens d'affaires, d'avoir uniquement un point de vue économique et financier sur les grandes questions d'actualité.

C'est un peu vrai, et je dirais même que c'est un peu normal. En effet, par la force des choses, on a naturellement tendance à surtout parler de ce que l'on connaît le plus.

Mais ceci ne nous dispense pas de faire un effort pour voir les choses plus globalement, pour parler non seulement de chiffres, mais aussi d'identité et d'émotions.

Sinon, on laisse complètement le champ libre à ce niveau, la gauche occupe ce terrain et semble alors avoir le monopole des bons sentiments.

Même si leur vision économique est souvent irréaliste et irresponsable, les opposants aux grands projets économiques finissent souvent par gagner la sympathie du grand public parce qu'eux parlent de valeurs et d'idéaux. Bref, aux yeux du grand public, le chanteur ou le poète l'emportera généralement sur l'économiste ou le comptable.

Je suis d'ailleurs certain que ce n'est pas la première fois que vous en arrivez à ce constat. Mais plutôt que de simplement nous plaindre de cet état de fait, voyons ce que nous pouvons faire pour gagner les coeurs et les esprits de tous et chacun.

Le message central que j'aimerais vous transmettre aujourd'hui est le suivant : nous aussi, les gens d'affaires, devrions nous mettre à parler plus souvent de valeurs et d'idéaux. Je ne prétends absolument pas qu'il faille abandonner nos arguments économiques et nos statistiques; je dis simplement qu'il nous faut ajouter à ces arguments froids et rationnels un volet plus émotionnel, plus identitaire.

Une vision plus équilibrée

Permettez-moi donc de vous présenter cette vision plus équilibrée.

Parlons tout d'abord de la vision économique du CPQ. Je pense qu'elle est déjà assez bien connue. Nous l'avons mise à jour et confirmée à nouveau dans la Plateforme 2007-2009 que nous avons dévoilée il y a quelques mois. Cette plateforme s'intitule justement Cap sur la prospérité du Québec.

Nous y abordons de nombreux thèmes liés aux problématiques des employeurs, de même que ceux liés à plusieurs des grands débats politico-économiques actuels. Et, prioritairement, les cinq thèmes suivants.

  • Un fardeau réglementaire moins abondant et plus simple.
  • Une fiscalité compétitive, et ce autant pour les entreprises que pour les particuliers. Nous sommes d'ailleurs l'organisation patronale la plus militante au niveau de la fiscalité des particuliers.
  • Au sujet de la rémunération globale, nous luttons pour que les taxes sur la masse salariale (CSST, contribution de l'employeur à l'assurance-emploi, RRQ, assurance-parentale, etc.) soient concurrentielles, car il s'agit d'éléments ayant un impact direct sur vos coûts d'opération, et sur lesquels vous avez peu ou pas de contrôle.
  • Nous voulons nous assurer que les entreprises aient accès à une main-d'oeuvre disponible et qualifiée et nous siégeons sur les principaux organismes consultatifs liés à cet enjeu.
  • Sur le plan de la santé et de la sécurité du travail, nous souhaitons un régime plus équitable et performant. Je siège personnellement au conseil d'administration de la CSST ainsi que sur le comité exécutif de la CSST formé de trois personnes (le président de la CSST, le président de la FTQ et moi-même). Rappelons que la CSST dispose d’un budget annuel de 2,3 milliards $ basé sur les cotisations annuelles des entreprises, ce qui est presque autant que l’impôt provincial sur le profit des sociétés.

Bref, le CPQ est la voix pro-entreprise et pro-création de richesse auprès des médias, auprès des politiciens, de même qu'au sein de plusieurs instances gouvernementales importantes.

Ce travail est fondamental.

Mais comme je le disais plus tôt, ce n'est pas suffisant. Il faut aussi présenter un idéal qui convaincra le grand public de la pertinence de nos objectifs et augmentera le capital de sympathie dont bénéficient les gens d'affaires.

Mais comment faire?

Des arguments culturels et historiques

J'ai développé l'intime conviction que la bataille pour convaincre les Québécois d'appuyer des politiques favorables aux entrepreneurs et à la création de richesse doit notamment être menée avec des arguments culturels et historiques.

À l'heure actuelle, les politiques favorables au secteur privé et à l'entreprenariat sont souvent associées, et de manière négative, aux valeurs américaines. On nous accuse de vouloir américaniser le Québec. Une telle accusation condamne à la base notre argumentaire.

Pourtant, les Québécois ont, dans leur propre passé, une multitude d'exemples de succès qui ont vu le jour grâce à la libre entreprise, à la liberté individuelle et à la responsabilité personnelle. Ces valeurs sont des valeurs universelles, et elles sont aussi les nôtres.

Il serait faux de penser que l'histoire du Québec et du Canada est une longue suite d'interventions étatiques.

C'est l'initiative privée et la liberté individuelle qui ont bâti ce pays. Et à bien des égards, même davantage qu'aux États-Unis.

Pensez aux coureurs des bois qui allaient acheter aux Amérindiens des pelleteries pour l'Europe.

Ou à Radisson et des Groseilliers qui, devant les restrictions imposées au commerce en Nouvelle-France, s'allièrent à des marchands anglais et furent à l'origine de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Certaines élites intellectuelles et médiatiques d'aujourd'hui essaient de nous faire croire que nos traditions québécoises et canadiennes sont fondamentalement plus orientées vers le « big government » que celles des Américains.

Or, si cela est vrai, ce ne l'est que depuis les années 1960. Sur le plan historique, quarante ans c'est très peu.

There are examples long before Confederation proving my point. For example the American Lewis and Clark expedition versus the Canadian Alexander Mackenzie expeditions.

The Canadian West was explored by private interests, whereas it was the American government that was subsidizing its westbound explorers.

Indeed, going back as far as the 1770s, the North West Company and fur traders like Alexander Mackenzie were exploring the Canadian west through for profit private expeditions.

Meanwhile, in the U.S., Lewis and Clark received government money from the U.S. Congress, and their expedition was initiated at the request of President Thomas Jefferson.


Qui sait que le premier Premier ministre canadien, John A. MacDonald, s'est inspiré des Américains pour imposer des tarifs protectionnistes ou pour subventionner la construction de chemins de fer, et non le contraire?

Qui se souvient que les États-Unis ont adopté un impôt sur le revenu en 1913, alors que le Canada ne l'a fait que cinq ans plus tard, en réponse à cette initiative américaine?

Qui se souvient que la politique du New Deal mise en place par Roosevelt n'a été reprise que plusieurs années plus tard, et avec moins d'ampleur, par les Canadiens? Le premier ministre libéral du Québec de l'époque, Louis-Alexandre Taschereau, avait d'ailleurs qualifié cette politique de Roosevelt « d'aventure socialisante frisant le communisme ».

Ou encore, qui se souvient que ce sont les programmes sociaux de la « Great Society » du président Johnson au début des années soixante qui ont inspiré Pierre Trudeau et sa « Société juste » à la fin de cette même décennie?

Je pourrais multiplier les exemples de la sorte.

En résumé, jusqu'aux années soixante, c'était le Québec qui avait l'un des États les moins interventionnistes en Amérique du Nord.

On semble aujourd'hui avoir fait une croix sur notre passé d'avant la Révolution tranquille. C'était le temps de la « grande noirceur », nous dit-on.

Pensons-y un peu, ces propos sont tout de même méprisants pour nos ancêtres qui ont construit cette société si riche et dynamique dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Cette société n'est tout de même pas apparue tout d'un coup, par génération spontanée.

Qui plus est, cette affirmation est fausse. Le Québec de 1950, par exemple, était l'une des sociétés les plus avancées au monde.

En fait, aux yeux du reste de la planète, nous étions un îlot de modernité et de prospérité. C'est pour cette raison que le Québec a accueilli pendant cette période des dizaines de milliers d'Italiens, de Portugais, de Grecs, et d'immigrants d'autres pays.

Ces immigrants sont aujourd'hui des Québécois parfaitement intégrés.

Je suis d'ailleurs certain que plusieurs de leurs enfants sont présents dans cette salle. Ils ont profité de la liberté individuelle et de la liberté d'entreprise qu'ils ont trouvées dans cette société d'accueil. Le Québec en est plus riche aujourd'hui.

Cet esprit d'entrepreneurship, de courage et d'éthique du travail, on le retrouve à différentes époques de notre histoire. Chez les premiers habitants de la colonie, mais aussi aujourd'hui, chez ces nouveaux immigrants qui arrivent, sans le sou, et qui, à force de travail et d'abnégation, réussissent à refaire leur vie.

Dans le débat en cours sur l'intégration des immigrants et les accommodements raisonnables, nous devrions mettre plus l'accent sur ces valeurs universelles et québécoises, au lieu de nous étendre sur ce qui nous distingue et nous divise.

Si nous redécouvrons avec fierté ce passé, cette identité québécoise, qui en est une de travail, d'audace et d'entreprenariat, nous pourrons, assurément et résolument, mettre le « Cap sur la prospérité ».

En terminant, laissez-moi vous dire : Vive Montréal.

Vive le Québec.

Vive le Québec… libre.

Un Québec libre… d'entreprendre ! Libre de redécouvrir sa véritable nature. Libre de se développer. Un Québec à la mesure de ses rêves et de ses ambitions. Un Québec à la mesure de son talent.

Ce Québec du futur, libre de débats constitutionnels et d'immobilisme, est à portée de mains et, ensemble, sous peu, c'est au présent que nous le conjuguerons.

Merci.
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