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Productivité et niveau de vie des Québécois

Remarques du président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, à l'occasion d'un débat sur la productivité du Québec organisé par l'Ordre des comptables généraux agréés du Québec (Montréal, 12 octobre 2007)

Bonjour mesdames et messieurs.

Mon message général d'aujourd'hui est qu'il est vrai que des problèmes perdurent, mais que les choses s'améliorent au Québec. Il n'y a pas de raison de paniquer, on devrait se concentrer sur les choses spécifiques à améliorer.

D'abord, un constat: au Québec, on travaille moins qu'ailleurs en Amérique du Nord. Mais on travaille aussi moins efficacement, c'est-à-dire qu'on est moins productif.

Le résultat est qu'il y a un écart appréciable de niveau de vie entre le Québec et le reste du Canada. Le PIB par habitant au Québec est inférieur de 6 300 $ avec le reste du Canada, soit d'environ 15 %.

Offre de travail et fiscalité

La grande cause de la différence de notre niveau de vie avec celui des autres Canadiens, elle est au chapitre de la quantité de travail, pas de l'efficacité.

La fameuse étude de Claude Séguin (Assessing Quebec's Key Prosperity and Competitiveness Opportunities and Challenges, Institute for Competitiveness and Prosperity, avril 2007) évalue que sur les 6 300 $ de différence, il y en a 2 500 $, c'est-à-dire environ 40 %, qui découlent d'un plus faible nombre d'heures travaillées.

Il y a sûrement des causes culturelles au fait que les Québécois valorisent plus les loisirs et ne sont pas prêts à sacrifier leur vie familiale pour le travail. Et si c'est un choix que les gens font il n'y a rien de catastrophique à ça.

Mais on saurait évidemment dans quelle mesure c'est le cas si on avait les mêmes taux marginaux d'imposition qu'ailleurs et si les gens n'étaient pas découragés de travailler plus par la lourdeur de la fiscalité.

L'engagement du gouvernement Charest de réduire l'impôt sur le revenu des particuliers et de rejoindre la moyenne canadienne est un pas dans le bon sens.

Deux autres facteurs reliés à la quantité de travail, soit le taux d'emploi et le taux d'activité (ou, si on préfère, le nombre de gens qui travaillent) comptent pour un autre quart du problème.

On pourrait évidemment faire mieux, mais comme vous le savez, le taux d'emploi est à un niveau record et le taux de chômage atteint un creux historique ces jours-ci. L'écart avec le reste du Canada tend à diminuer. Là aussi, les choses s'améliorent.

Les facteurs de productivité

Si on se penche spécifiquement sur les causes de l'écart qui dépendent de la productivité, elles comptent pour 38 % du total.

En examinant les facteurs un à un, on a raison d'être optimistes là aussi. Des choses spécifiques doivent toutefois être améliorées.

Les travailleurs québécois sont historiquement moins éduqués. Cet écart compte pour 900 $ dans les différences de niveau de vie avec le reste du Canada. Mais c'est un retard qui tend à disparaître. Si on regarde les jeunes générations, ils ont autant de diplômes que dans les autres provinces. On pourrait faire encore mieux si on encourageait la formation continue par des mesures incitatives plutôt que coercitives et coûteuses.

Il est vrai que l'investissement en machinerie et équipement est moins dynamique au Québec qu'ailleurs au Canada. En Ontario, on investit 33 % de plus que nous par habitant.

Dans l'étude de M. Séguin, les dépenses en capital ne contribuent toutefois que pour 500 $ sur 6300 $ à la différence de niveau de vie. Et là aussi les choses s'améliorent. Le plan d'élimination de la taxe sur le capital d'ici 2011 est une très bonne nouvelle pour l'investissement au Québec et pour l'économie québécoise. Toute nouvelle mesure pour rendre la fiscalité des entreprises encore plus attrayante (par exemple, un amortissement accéléré, ou l'élimination plus rapide de la taxe sur le capital) pourrait améliorer encore davantage la situation.

Enfin, l'étude indique que parmi les facteurs de productivité qui font défaut au Québec, c'est ce qu'elle appelle « l'efficacité des grappes » qui est la plus importante et qui compte pour 1000 $ dans l'écart.

La meilleure façon d'améliorer l'efficacité de nos industries, c'est d'accroître la flexibilité de leur environnement, pour leur permettre de s'adapter rapidement à un marché qui change constamment.

Et sur ce plan, il y a deux points cruciaux à répéter.

  • Il faut plus de flexibilité sur le marché du travail. Le Québec a l'un des marchés du travail les plus rigides en Amérique du Nord. Vous savez que c'est un des chevaux de bataille du CPQ, et qu'on ne s'entend pas tout à fait avec les syndicats sur ce point.
  • Il faut un allégement du fardeau réglementaire. Selon une comparaison canadienne faite par l'Institut Fraser, le Québec est loin devant les autres provinces pour ce qui est du nombre de pages de règlements produites annuellement entre 1990 et 1999, avec une moyenne de plus de 5 000 pages par année, contre moins de 1 600 pages en Ontario et en Alberta.

Si l'on s'attaquait systématiquement à ces deux problèmes, on pourrait faire un grand pas en avant pour accroître la productivité de notre économie et réduire l'écart de niveau de vie des Québécois avec les autres Canadiens.

Merci de votre attention.
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