Cap sur la prospérité du Québec – Comment mieux faire entendre la voix des créateurs de richesse
Discours du président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, devant la Chambre de commerce de Lévis (Lévis, 23 octobre 2007)Bonjour mesdames et messieurs.
J'aimerais remercier votre directrice générale, Mme Sylvie Girard, de m'avoir invité à votre premier événement de la saison automnale.
C'est un honneur et un privilège de m'adresser à vous aujourd'hui.
J'ai appris que Lévis tient présentement un Festival international du conteur. J'espère que je serai à la hauteur des raconteurs du monde entier qui sont à Lévis ces jours-ci. Mais soyez sans crainte, je ne vais pas vous raconter de conte urbain. Comme vous, j'habite un coin de pays un peu à l'écart de la grande ville, de l'autre côté de la rivière. Dans mon cas, c'est au nord de Montréal, au-delà de la Rivière-des-Mille-Îles.
Deux dossiers importants
En tant que président du CPQ, pour moi, Lévis, ce sont surtout deux dossiers très importants : Rabaska et le programme d'aide fiscale aux régions ressources.
Nous l'avons dit dans notre mémoire lors des audiences publiques qui se tenaient au début de l'année : le projet Rabaska est un magnifique moteur de développement économique pour votre région et pour le Québec tout entier.
La construction de ce port méthanier permettra de plus d'amener une nouvelle source d'approvisionnement en énergie fiable et propre, et d'élaborer de nouveaux projets porteurs.
Comme vous, j'espère donc qu'après un processus d'examen qui dure depuis trois ans, les autorisations finales seront bientôt obtenues, et que le projet pourra finalement aller de l'avant.
Le CPQ n'a pas non plus hésité à apporter son appui à votre lutte pour une meilleure équité fiscale entre les régions du Québec. Nous avons été la seule association patronale nationale à souligner le lancement de la Coalition des régions pour l'entraide équitable.
Aucune entreprise ne devrait être indûment pénalisée par rapport à ses compétiteurs parce qu'elle est localisée à un endroit plutôt qu'un autre. Le développement économique de certaines régions ne doit pas se faire au détriment d'autres régions. Et pour une fois, je suis bien heureux de pouvoir faire une telle déclaration sans que cela concerne les relations entre Montréal et le reste du Québec.
Convaincre nos concitoyens
Ces deux dossiers nous rappellent à quel point il est important, pour faire avancer l'économie du Québec, de convaincre nos concitoyens du bien-fondé des projets et des approches que nous défendons. Sans appui au sein de l'opinion publique, nous sommes à la merci des groupes de pression qui s'opposent au développement, ou qui le font reposer sur des interventions étatiques néfastes.
Le problème est qu'on nous reproche souvent, à nous, les gens d'affaires, d'avoir uniquement un point de vue économique et financier sur les grandes questions d'actualité.
C'est un peu vrai, et je dirais même que c'est un peu normal. En effet, par la force des choses, on a naturellement tendance à surtout parler de ce que l'on connaît le plus.
Mais ceci ne nous dispense pas de faire un effort pour voir les choses plus globalement. Pour parler non seulement de chiffres, mais aussi d'identité et d'émotions.
Autrement, si on laisse complètement le champ libre à ce niveau, c'est la gauche qui occupe ce terrain et qui, alors, semble avoir le monopole des bons sentiments.
Même si leur vision économique est souvent irréaliste et irresponsable, les opposants aux grands projets économiques finissent souvent par gagner la sympathie du grand public parce qu’eux parlent de valeurs, d'idéaux. Bref, aux yeux du grand public, le chanteur ou le poète – ou le conteur – l'emportera généralement sur l'économiste ou le comptable.
Je suis d'ailleurs certain que ce n'est pas la première fois que vous en arrivez à ce constat. Mais plutôt que de simplement nous plaindre de cet état de fait, voyons ce que nous pouvons faire pour gagner les cœurs et les esprits du grand public.
Le message central que j'aimerais vous transmettre aujourd'hui, c'est que nous aussi, les gens d'affaires, devrions nous mettre à parler plus souvent de valeurs et d'idéaux. Je ne prétends absolument pas qu'il faille abandonner nos arguments économiques et nos statistiques. Je dis simplement qu'il nous faut ajouter à ces arguments froids et rationnels un volet plus émotionnel, plus identitaire.
Une vision plus équilibrée
Permettez-moi donc de vous présenter cette vision plus équilibrée.
Tout d'abord, parlons de la vision économique du CPQ. Je pense qu'elle est déjà assez bien connue. Nous l'avons remise à jour et reconfirmée dans la Plateforme 2007-2009 que nous avons dévoilée il y a quelques mois. Ce programme d’action s'intitule justement Cap sur la prospérité du Québec.
Nous y abordons de nombreux thèmes liés aux problématiques des employeurs, de même que ceux liés à plusieurs grands débats politico-économiques d’actualité. Et, prioritairement, les cinq thèmes suivants.
- Un fardeau réglementaire moins abondant et plus simple.
- Une fiscalité compétitive, et ce autant pour les entreprises que pour les particuliers. Nous sommes d'ailleurs l'organisation patronale la plus militante au niveau de la fiscalité des particuliers.
- Concernant la rémunération globale, nous luttons pour que les taxes sur la masse salariale (CSST, contribution de l'employeur à l'assurance-emploi, RRQ, assurance-parentale, etc.) soient concurrentielles, car il s'agit d'éléments ayant un impact direct sur vos coûts d'opération, et sur lesquels vous avez peu ou pas de contrôle.
- Nous voulons nous assurer que les entreprises aient accès à une main-d'œuvre disponible et qualifiée et nous siégions sur les principaux organismes consultatifs liés à cet enjeu.
- Sur le plan de la santé et sécurité du travail, nous souhaitons un régime plus équitable et performant. Je siège personnellement au CA de la CSST ainsi que sur le comité exécutif de la CSST formé de trois personnes (le président de la CSST, le président de la FTQ et moi-même). Rappelons que la CSST dispose d’un budget annuel de 2,3 milliards $ basé sur les cotisations annuelles des entreprises, ce qui est presque autant que l’impôt provincial sur le profit des sociétés.
Bref, le CPQ est la voix pro-entreprise et pro-création de richesse auprès des médias, auprès des politiciens, de même qu'au sein de plusieurs instances gouvernementales importantes.
Ce travail est fondamental.
Mais comme je le disais plus tôt, ce n'est pas suffisant. Il faut aussi présenter un idéal qui convaincra le grand public de la pertinence de nos objectifs et qui augmentera le capital de sympathie dont bénéficient les gens d'affaires.
Mais comment faire?
Des arguments culturels et historiques
J'ai développé l'intime conviction que la bataille pour convaincre les Québécois d'appuyer des politiques favorables aux entrepreneurs et à la création de richesse doit notamment être menée avec des arguments culturels et historiques.
À l'heure actuelle, les politiques favorables au secteur privé et à l'entreprenariat sont souvent associées, et de manière négative, aux valeurs américaines. On nous accuse de vouloir américaniser le Québec. Une telle accusation condamne à la base notre argumentaire.
Pourtant, les Québécois ont, dans leur propre passé, une multitude d'exemples de succès qui ont vu le jour grâce à la libre entreprise, à la liberté individuelle et à la responsabilité personnelle. Ces valeurs sont des valeurs universelles, et elles sont aussi les nôtres.
Il serait faux de penser que l'histoire du Québec et du Canada est une longue suite d'interventions étatiques.
C'est l'initiative privée et la liberté individuelle qui ont bâti ce pays, et, à bien des égards, même davantage qu'aux États-Unis.
Pensez aux coureurs des bois qui allaient acheter aux Amérindiens des pelleteries pour l'Europe.
Ou à Radisson et Des Groseilliers, deux explorateurs qui, devant les restrictions imposées au commerce en Nouvelle-France, se sont alliés à des marchands anglais et ont été à l'origine de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
Certaines élites intellectuelles et médiatiques d'aujourd'hui essaient de nous faire croire que nos traditions québécoises et canadiennes sont fondamentalement plus orientées vers le « big government » que celles des Américains.
Or, si cela est vrai, ce ne l'est que depuis les années 1960. Et sur le plan historique, quarante ans c'est très peu.
Qui sait que ce sont des intérêts privés qui ont financé l'exploration de l'Ouest canadien à partir de Montréal à la fin du 18e siècle? Aux États-Unis, au contraire, c'est le Congrès américain qui a subventionné la fameuse expédition de Lewis et Clark, les premiers Américains à avoir traversé les États-Unis d'est en ouest en 1805.
Qui sait que le premier Premier ministre du Canada, John A. MacDonald, s'est inspiré des Américains pour imposer des tarifs protectionnistes ou pour subventionner la construction de chemins de fer, et non le contraire?
Qui se souvient que les États-Unis ont adopté un impôt sur le revenu en 1913, alors que le Canada ne l'a fait que cinq ans plus tard, et en réaction à cette initiative américaine?
Qui se souvient que la politique du New Deal mise en place par Roosevelt dans les années 30 n'a été reprise que plusieurs années plus tard, et avec moins d'ampleur, par les Canadiens? D'ailleurs, le premier ministre libéral du Québec à l'époque, Louis-Alexandre Taschereau, avait qualifié cette politique de Roosevelt, et je cite, « d'aventure socialisante frisant le communisme ».
Qui se souvient que ce sont les programmes sociaux de la « Great Society » du président Johnson au début des années 60 qui ont inspiré Pierre Trudeau et sa « Société juste » à la fin de cette même décennie?
Et je pourrais multiplier les exemples de la sorte.
En résumé, jusqu'aux années 60, le Québec avait l'un des États les moins interventionnistes en Amérique du Nord.
On semble aujourd'hui avoir fait une croix sur notre passé d'avant la Révolution tranquille. C'était le temps de la « grande noirceur », nous dit-on.
Pensons-y un peu, c'est quand même méprisant pour nos ancêtres qui ont construit cette société si riche et dynamique dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Cette société n'est tout de même pas apparue tout d'un coup, par génération spontanée.
Qui plus est, cette affirmation est fausse. Le Québec de 1950, par exemple, était l'une des sociétés les plus avancées au monde.
En fait, aux yeux du reste de la planète, nous étions un îlot de modernité et de prospérité. C'est pour cette raison que le Québec a accueilli pendant cette période des dizaines de milliers d'Italiens, de Portugais, de Grecs, et d'immigrants d'autres pays.
Si nous redécouvrons avec fierté ce passé, cette identité québécoise qui en est une de travail, d'audace et de d'entreprenariat, nous pourrons, assurément et résolument, mettre le « Cap sur la prospérité » !
En terminant, laissez-moi vous dire : Vive Lévis.
Vive le Québec.
Vive le Québec… libre.
Un Québec libre… d'entreprendre ! Libre de redécouvrir sa véritable nature. Libre de se développer à la mesure de ses rêves et de ses ambitions.
Un Québec à la mesure de son talent.
Ce Québec du futur, libre de débats constitutionnels et d'immobilisme, est à portée de mains et, ensemble, sous peu, c'est au présent que nous le conjuguerons.
Merci.
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