Quelles sont les conditions propices au développement de projets économiques d'envergure à Montréal?
Remarques du président du CPQ, Michel Kelly-Gagnon, à l'occasion du Forum des affaires (Montréal, le 20 novembre 2007)Bonjour mesdames et messieurs.
Tout d'abord, la notion de « grand projet » ou « projet économique d'envergure » est plutôt floue et ne correspond à rien de précis en science économique. On qualifie de grand projet un investissement relativement gros qui suscite un débat public et dont on parle dans les journaux, et qui implique les pouvoirs publics.
Par exemple, l'annonce récente d'un investissement de 120 M $ par les trois paliers de gouvernement dans l'aménagement du Quartier des spectacles compte comme un grand projet, parce que cela fait longtemps qu'on en parle et que sa mise en chantier va susciter beaucoup de bouleversements au centre-ville.
Mais il y a de nombreux investissements majeurs privés qui surviennent dans la région de Montréal et dont on parle très peu, que personne ne qualifie de grand projet. Et pourtant, leur impact économique peut être aussi grand que celui d'un autre investissement considéré comme un grand projet.
J'ai l'impression qu'on est un peu trop négatif quand on parle de la difficulté de faire avancer des grands projets, à cause de quelques échecs très médiatisés comme celui du casino, ou du débat sur l'emplacement du CHUM. Le Quartier des spectacles est la preuve que les choses peuvent débloquer. Avant cela, il y a eu la Grande Bibliothèque, qui est une réussite (malgré les petits problèmes de gravité trop forte qui s'exerce sur le bâtiment!). L'aménagement du Vieux-Port de Montréal est l'une des plus grandes réussites qu'on puisse imaginer. C'est devenu le cœur du tourisme à Montréal, alors qu'il y avait presque rien à voir il y a 25 ans.
Les défis associés aux grands projets
Mais il y a effectivement des problèmes inhérents aux grands projets.
Comme je l'ai dit, les grands projets sont habituellement pilotés par les pouvoirs publics, ou bien ceux-ci y jouent à tout le moins un rôle central. L'argent vient donc des gouvernements. Il y a habituellement une question d'aménagement urbain. À cause de tout ça, le débat sur la pertinence de ces projets, ou sur leurs caractéristiques, devient public.
Quand une firme de biotechnologie investit 100 M $ dans une nouvelle usine située dans un quartier industriel, cela ne crée aucun débat et l'annonce fait seulement l'objet d'un reportage dans les pages économiques. Quand le gouvernement veut transformer un coin du centre-ville, tout le monde veut avoir son mot à dire.
Je pense qu'on n'en sortira pas, c'est inévitable que cela arrive. Dans des secteurs où les gouvernements jouent un rôle central, comme la culture, la santé ou l'éducation, les investissements majeurs vont toujours venir du public. Et il va toujours y avoir de la difficulté à concilier les demandes de tous et chacun.
Conditions de réussite
Comme pour n'importe quel projet, je pense qu'il y a quelques conditions essentielles à la réussite.
D'abord, il faut qu'un des acteurs prenne le leadership et impose sa vision. Cela semble évident, mais quand il y a trois niveaux de gouvernement et 10 autres organismes qui sont impliqués, on se retrouve simplement avec de l'improvisation et des négociations à n'en plus finir.
Ensuite, il faut que le projet soit présenté, et perçu, comme un projet d'affaires, un investissement dans le sens économique du terme, et non l'occasion d'un « débat de société ». Un projet d'affaires ne devrait pas avoir pour objectif de régler tous les problèmes de pauvreté, d'inégalités sociales, de redistribution des emplois sur le territoire, d'accès équitable à la culture ou aux services, etc. Par définition, il y a toujours des gens qui vont en profiter plus et d'autres moins. Mais si on donne une voix à tout le monde, si on en fait un référendum sur l'équité sociale, il est certain que cela va susciter des tas de demandes, de l'opposition, et qu'il va y avoir un blocage. On ne peut pas satisfaire tout le monde. À un moment donné, il faut prendre des décisions et faire des choix.
Même si les pouvoirs publics sont directement impliqués, les grands projets devraient être pilotés davantage comme des investissements privés impliquant plusieurs partenaires que comme des débats de société. À mon avis, c'est une condition essentielle si on veut que ces projets aient plus de chance de se concrétiser.
Trop d'importance aux grands projets ?
Par ailleurs, je trouve qu'on donne beaucoup trop d'importance à ces grands projets. Il est vrai qu'ils sont nécessaires et peuvent avoir un impact crucial sur le développement économique dans certains secteurs. Mais l'économie de la ville ne dépend pas de ces grands projets publics, elle dépend d'abord de milliers de grands et de moins grands, et même de petits projets privés de toutes sortes.
Imaginez si on avait un Google qui s'était développé à Montréal au cours des dix dernières années. Un très petit projet, amorcé par deux étudiants innovateurs. Et financé par des individus qui aiment prendre des risques. Aujourd'hui, nous aurions un géant de l'informatique chez nous.
Des Google, on n'en aura pas avec des investissements publics et des tables de concertations entre les niveaux de gouvernement et les partenaires sociaux de la ville. On va en avoir si on devient un endroit où les gens sont créatifs, innovateurs, et veulent prendre des risques. Et surtout, un endroit où il est payant d'être tout cela, où l'on peut faire de gros profits.
Malheureusement, même si Montréal a d'énormes atouts, on continue de tirer de la patte à plusieurs égards. Notre niveau de vie est le plus bas parmi les grandes villes du continent. Et malgré notre leadership dans certains grands secteurs (aéronautique, biotechnologies, par exemple - des secteurs qui reçoivent d'ailleurs une aide importante de l'État), l'économie montréalaise continue de perdre du terrain.
Je vais vous donner un exemple typique. Quel est le gros débat qui aura un impact important sur l'économie de Montréal qui a lieu ces jours-ci et où a-t-il lieu? Il se passe à l'Assemblée nationale à Québec, où l'on discute des pouvoirs de taxation supplémentaires à donner à la Ville. Bref, on discute de comment on va faire en sorte que des milliers de petits et gros projets économiques vont devenir moins rentables à Montréal parce que nous serons plus taxés.
Notre approche à Montréal, et au Québec en général je dirais, c'est de toujours faire des « débats de société » et d'avoir une implication des gouvernements chaque fois qu'on veut faire quelque chose. La conception dominante du développement économique, c'est encore qu'il faut créer des programmes pour aider les entreprises.
Le rôle des autorités municipales
Pour préparer cette allocution, j'ai survolé la Stratégie de développement économique 2005-2010 de la Ville de Montréal. À la lecture de ce document, je ne peux m'empêcher de faire un lien avec un autre pays qui n'est pas nécessairement un exemple historique de réussite économique et où les plans quinquennaux étaient très populaires.
C'est un document de plus d'une centaine de pages, où l'on fait des centaines et des centaines de recommandations d'intervention des pouvoirs publics pour encourager le développement économique. C'est franchement kafkaïen. Saviez-vous que la Ville soutient le développement de quinze différentes grappes industrielles? Qu'il existe des grappes de compétition, des grappes de rayonnement, des grappes de pointe et des grappes de production? Que « La Ville contribue sur l'ensemble de son territoire au développement de tous les secteurs mentionnés précédemment. Plus précisément, elle met en oeuvre des plans de soutien, de consolidation, de développement, d'émergence ou de promotion, selon la situation de chaque secteur »? Pensez-vous que c'est avec ce type d'intervention que l'on va susciter l'émergence d'un Google dans notre ville?
À notre avis, la Ville devrait se concentrer sur ses missions essentielles, qui sont d'offrir des services publics de base aux citoyens et aux entreprises, comme la voirie, l'eau, la propreté, le déneigement, etc. Et le faire au moindre coût possible, en ayant recours le plus possible au secteur privé. Si on faisait tout cela mieux et plus efficacement, on serait déjà un endroit plus attrayant pour les investisseurs et les entrepreneurs.
Bref, pour conclure, c'est bien beau les grands projets pilotés par les pouvoirs publics. Il en faut, c'est certain. Mais on tend à leur accorder trop d'importance, à cause des débats très médiatisés qu'ils provoquent. Et « grand » a tendance à être un synonyme de « grandiose et coûteux ». Ce n'est pas ces projets qui feront de notre ville un endroit dynamique et compétitif à l'échelle nord-américaine et mondiale. Il faut d'abord mettre en place les conditions pour qu'émergent des tas de petits et de gros projets dans le secteur privé. C'est de là que vient la véritable richesse.
Édition de mai 2012 • Rapport d'activité 2011 : un bilan des plus positifs qui se traduit en de nombreux gains tangibles pour les employeurs du Québec • Assemblée générale annuelle • Modernisation du régime de santé et de sécurité du travail • Colloque sur le projet de loi visant la modernisation du régime québécois de santé et de sécurité du travail • Jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail...
Projet de loi 78 - Le président du Conseil commente. Le gouvernement a prévu dans le projet de loi différents moyens en ce qui concerne l'aspect académique qui semblent répondre aux besoins. Quant à l'ampleur des moyens déployés pour les questions de paix sociale, le Conseil du patronat laisse aux parlementaires, aux constitutionnalistes et à la justice le soin de trouver un juste équilibre entre le droit à la liberté d'expression et le droit de vivre dans un environnement sécuritaire.
Commentaires du Conseil du patronat présentés dans le cadre de la consultation publique sur le financement du transport en commun. Un réseau de transport collectif performant et efficace est essentiel. Il contribue à la vitalité économique et à la productivité des entreprises.
Le président du Conseil du patronat, M. Yves-Thomas Dorval, a profité de l'assemblée générale annuelle de l'organisme, tenue le lundi 23 avril dernier, pour rendre public son Rapport d'activité 2011, pour remettre le Prix de carrière 2012 à M. Rémi Marcoux, fondateur et administrateur du conseil de Transcontinental, et pour introniser trois nouveaux membres à son prestigieux Club des entrepreneurs. Pour en savoir plus...



