Des baisses bienvenues - Jean Charest doit aller de l'avant avec sa promesse de réduire les impôts
Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du QuébecLa Presse, 12 mai 2007, p. P-6
Parmi les huit travaux que le nouveau gouvernement du Québec s'est donné pour mission d'accomplir d'ici la fin de l'année figure la réduction de l'impôt des particuliers. Cet engagement donne suite à une promesse faite durant la campagne électorale, au lendemain du dépôt du budget fédéral. Plusieurs chroniqueurs et commentateurs ont critiqué cette promesse au cours des dernières semaines, estimant que les besoins financiers de l'État québécois sont grands et que la marge de manœuvre offerte par le budget fédéral pourrait donc être mieux utilisées ailleurs.
Cette opinion me semble beaucoup trop « conservatrice ». Il y a en effet un grand danger à suggérer que l'on devrait attendre, pour réduire les impôts, que l'État québécois n'ait pas besoin d'argent. Car si c'est ce que l'on attend, on attendra jusqu'aux calendes grecques, et plus encore. L'État aura toujours besoin d'argent et de plus en plus, parce qu'il voudra toujours répondre aux demandes de tel ou tel intérêt catégoriel et satisfaire une population incitée à la dépendance par le gouvernement lui-même.
L'ancienne approche économique des finances publiques supposait l'existence d'un certain niveau de dépenses publiques indispensables pour lesquelles, en un deuxième temps, l'État lève les impôts nécessaires. Une approche plus récente, développée par les théoriciens des choix publics (voir le livre que le prix Nobel d'économie James Buchanan a écrit avec Geoffrey Brennan : The Power to Tax, Cambridge University Press, 1980), suggère plutôt que l'État dépensera toujours le maximum que ses revenus le lui permettent, et davantage encore. Dans cette perspective, il faut, à un certain point, restreindre les vivres à l'État.
Alain Dubuc a écrit dans ces pages qu'il s'agissait d'une « mauvaise promesse » du premier ministre. Il faut toutefois distinguer la promesse elle-même du moment où elle a été faite. Le « timing » soulève en effet plusieurs questions. Mais sur le fond - le Québec doit-il ou non baisser l'impôt des particuliers ? - le premier ministre a entièrement raison de vouloir diminuer le fardeau fiscal des Québécois. Une mesure populaire
Une étude récente réalisée par l'économiste Norma Kozhaya de l'Institut économique de Montréal rappelle que le PIB québécois per capita est de 13% inférieur à celui de l'ensemble du Canada et que, de ce point de vue, le Québec se classe au 53e rang des 60 États américains et provinces canadiennes. Se pourrait-il que cette pauvreté relative des Québécois soit notamment le résultat d'une fiscalité trop lourde ? Nous le croyons. Ainsi, ce n'est pas parce qu'ils sont pauvres que les Québécois doivent payer plus d'impôt qu'ailleurs au Canada, c'est plutôt parce qu'ils paient trop d'impôts qu'ils sont pauvres, relativement aux autres juridictions.
Une autre étude de Mme Kozhaya suggère que réduire l'impôt sur le revenu des particuliers n'aurait pas les résultats catastrophiques que certains croient. Citant l'exemple des États-Unis au début des années 1980 et de l'Ontario à la fin des années 1990, elle conclut : « la théorie économique tout autant que les expériences historiques indiquent qu'une réduction des taux marginaux exerce sur les incitations des effets tels que le dynamisme économique, de même que la hausse des revenus imposables déclarés, compensent au moins en partie pour la réduction des taux. »
Au-delà des études économiques, il y a fort à parier que la classe moyenne québécoise accueillerait favorablement une baisse de l'impôt sur leurs revenus. En effet, des sondages d'opinion publique nous permettent de penser que les contribuables Québécois estiment « avoir droit à un répit », comme l'a suggéré le premier ministre dans son discours inaugural.
Par exemple, un sondage Léger Marketing effectué au cours du premier mandat du gouvernement libéral (janvier 2004) révélait qu'une forte majorité de la population, soit sept Québécois sur dix, tenait aux réductions d'impôt promises par les libéraux durant la campagne électorale de 2003. L'appui à ces baisses d'impôt s'avérait encore plus élevé (75%) chez les travailleurs syndiqués. Avec un appui aussi fort, il est d'ailleurs permis de penser que le gouvernement sortant aurait pu obtenir de meilleurs résultats au scrutin du mois dernier s'il avait complètement respecté cet engagement central de la campagne de 2003.
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