Les arguments contre les baisses d'impôt sont faibles
Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du QuébecLe Journal de Québec, 30 mai 2007, p. 15
Les réductions de l'impôt sur le revenu des particuliers annoncées dans le budget de Mme Jérôme-Forget sont les bienvenues. À vrai dire, elles étaient nécessaires depuis longtemps.
L'argument qu'avant de réduire les impôts des Québécois, il faut attendre « d'avoir les moyens » ou « d'avoir une marge de manoeuvre » n'est pas sérieux. Il y a plusieurs décennies qu'on attend d'avoir les moyens et le grand jour n'arrive à peu près jamais. De plus, les dépenses en santé et en éducation, même lorsqu'elles augmentent de deux ou trois fois plus que l'inflation (comme c'est actuellement le cas dans le budget déposé jeudi dernier), ne seront jamais considérées comme « suffisantes ».
Si on ne réduit pas les impôts maintenant, le même problème se posera plus tard. L'État aura toujours besoin d'argent – et même de plus en plus, parce qu'il voudra toujours répondre aux demandes de telle ou telle clientèle électorale. Plus l'État a de l'argent, et plus tout le monde lui en demande. Plus il en dépensera… Et ainsi de suite ! Bref, la fameuse « marge de manoeuvre » n'arrivera jamais.
Réduire les impôts forcera l'État Québécois à trouver des moyens de vivre selon les moyens des contribuables québécois, qui sont les parmi les plus pauvres en Amérique du Nord.
Quand j'entends certains dénoncer ces baisses d'impôt parce qu'il s'agirait de « baisses d'impôt pour les riches », je me demande de quoi ils parlent. La vérité c'est que tous les contribuables québécois vont profiter de ces réductions.
De plus, les réductions annoncées dans le budget atteignent leur plafond à des niveaux de revenu qui ne sont pas des revenus de millionnaires. Un couple avec deux enfants et un seul revenu obtient la réduction d'impôt maximum (1024 $) quand il atteint un revenu de travail de 100 000 $. Un célibataire atteint son maximum d'économie d'impôt (969 $) au même niveau de revenu. Soyons sérieux pour une minute, à 969$ par année on ne changera certainement pas le style de vie des grands patrons multimillionnaires, mais cela peut par contre faire une différence appréciable, par exemple, pour le travailleur qualifié d'une grande entreprise manufacturière qui fait du temps supplémentaire.
Finalement, je suis un peu agacé d'entendre certains politiciens invoquer les « générations futures » comme s'ils avaient dîné avec elles pas plus tard qu'hier. La vérité c'est que nous ne savons pas grand-chose de ce que feront et penseront les générations futures, sans compter que leurs membres ne seront sans certainement pas unanimes au niveau de leurs opinions politiques, en tout cas pas plus que ce n'est le cas pour les générations actuelles. De mon côté, je parierais que ces fameuses générations futures nous reprocheraient surtout de leur avoir laissé un État obèse et une économie faible et peu créatrice de richesses.
Le gouvernement Charest a tout à fait raison de vouloir en priorité réduire le fardeau fiscal des Québécois. J'espère que les partis d'opposition reviendront sur le plancher des vaches – j'étais pour dire « sur le plancher des vaches à lait que sont les contribuables québécois » – et appuieront le budget.
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