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Cessons de pénaliser les travailleurs âgés!

Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du Québec
Cyberpresse.ca (Le Soleil), 1er octobre 2007, p. Web



Le gouvernement du Québec tient présentement et cela, jusqu'à la fin octobre, des consultations publiques sur les conditions de vie des aînés. Même si cette consultation soulève des questions précises sur les aînés en perte d'autonomie, c'est l'occasion de s'interroger sur la situation de ceux qui sont non seulement toujours autonomes, mais qui souhaitent demeurer actifs dans le monde du travail.

On le sait, avec le départ prochain des premiers babyboomers à la retraite, le Québec sera bientôt confronté à une pénurie de main-d'oeuvre. On prévoit que la population active commencera à décliner dès 2013, ce qui aura des répercussions sur la croissance économique et, par ricochet, sur l'état des finances publiques de nos gouvernements.

On part tôt à la retraite

La situation est d'autant plus grave que vieillissement rime souvent ici avec retraite hâtive. Outre les Néo-Écossais, les Québécois sont en effet ceux qui prennent leur retraite le plus tôt au Canada. L'âge moyen du départ à la retraite est de 60 ans au Québec, alors qu'il est de 62 ans en Ontario et de 63 ans en Alberta.

Certes, les travailleurs de l'Union européenne partent en moyenne à la retraite au même âge que les Québécois. Mais aux États-Unis et au Japon, les deux plus grandes économies au monde, ils se retirent respectivement à 64 et 69 ans, soit bien plus tard que chez nous.

Pour permettre aux entreprises québécoises de concurrencer celles des autres économies d'Amérique du Nord, il est urgent d'adopter des mesures favorisant la retraite progressive. En effet, les lois fiscales et les avantages financiers accordés à la retraite anticipée découragent actuellement les travailleurs de quitter graduellement le marché du travail.

Mesures pénalisantes

Les participants à un régime complémentaire de retraite à prestations déterminées du secteur privé sont particulièrement touchés. À titre d'exemple, un travailleur « typique » âgé de 60 ans recevrait, après impôts et cotisations, un revenu additionnel net de seulement 4,32 $ pour chaque heure travaillée en retraite progressive, alors que son salaire horaire brut est de 28,85 $.

Dès 2002, le Conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, qui relève du ministère du Travail et dont le Conseil du patronat est membre, recommandait de :

  • permettre simultanément qu'une partie de la rente de retraite soit payée et que les années supplémentaires de service soient comptabilisées aux fins du régime de retraite pendant la période de retraite progressive;
  • permettre plus de souplesse dans le mode de versement de la rente et supprimer l'obligation d'une rente nivelée, particulièrement dans le cas de la retraite progressive;
  • permettre le paiement de bénéfices accessoires en cas de retraite progressive, tout comme il est permis de le faire pour la retraite anticipée;
  • allonger la période admissible de salaire réduit pouvant être créditée au régime de retraite.

Mesures concrètes

Dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a annoncé plusieurs mesures concrètes. Il a notamment autorisé les employeurs à verser une rente partielle à leurs salariés tout en leur permettant d'accumuler des prestations de retraite. Cette décision s'appliquera à partir de 2008 aux employés de 55 ans et plus qui auront droit à une rente non réduite. L'âge auquel les Régimes de pension agréés et les REER arrivent à maturité a aussi été relevé de 69 à 71 ans.

Quant au gouvernement du Québec, il s'est engagé dans son budget 2007-2008 à collaborer sur ce plan avec Ottawa. L'accès à la retraite progressive bonifiée serait ainsi permis à compter de 60 ans ou après 30 années de service. Ces changements permettraient le maintien en poste d'un grand nombre de travailleurs âgés de 55 à 65 ans.

Les gouvernements doivent poursuivre leurs efforts en ce sens, car la retraite progressive est bénéfique tant pour les employeurs que pour leur personnel. Les premiers pourraient conserver plus longtemps leurs employés, assurer un meilleur transfert des connaissances et augmenter ainsi la productivité de leur entreprise. Les employés pourraient de leur côté effectuer une transition plus harmonieuse entre leur vie active et la retraite, accumuler une rente adéquate tout en diminuant leur temps de travail et recevoir des revenus intéressants provenant à la fois de leur salaire et de leur rente de retraite.

Il n'est donc aucunement question ici de contraindre les aînés à demeurer au travail plus longtemps. L'objectif est de s'assurer que ceux qui souhaitent demeurer actifs ne soient plus pénalisés financièrement par les lois fiscales, ce qui sera bénéfice pour eux-mêmes comme pour l'ensemble de la société.
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