Libre-échange Canada-Europe : il ne faut pas baisser les bras!
Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du QuébecLe Droit (Gatineau), 15 octobre 2007, p. 19
Les mémoires que vient de publier l'ancien premier ministre Brian Mulroney nous apprennent que pour en arriver à signer un accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis il y a vingt ans, le premier défi du gouvernement canadien a été de surmonter l'indifférence de nos voisins, pour qui cet accord n'était pas une priorité.
Vingt ans plus tard, l'histoire se répète en quelque sorte, mais avec l'Europe cette fois. En effet, les Européens continuent de placer la ronde de négociation de Doha au sommet de leurs priorités. Et sur le plan bilatéral, ce sont la Corée du Sud, l'Inde, la Chine et les pays de l'ASEAN qui monopolisent leur intérêt, le Canada venant loin derrière.
Jean Charest a donné un nouvel élan à l'idée d'un accord de libre-échange Canada-Europe au début de l'année, lors du sommet de Davos et à l'occasion de diverses rencontres avec des dirigeants européens. Pour le gouvernement du Québec, il ne s'agit pas simplement de réduire davantage les barrières tarifaires. Un accord transatlantique toucherait également à la mobilité de la main-d'œuvre, à la reconnaissance des compétences et des diplômes, à l'harmonisation des réglementations et à l'ouverture des marchés gouvernementaux.
Des initiatives se sont poursuivies depuis, mais sans résultat concret. Au début du mois, le ministre canadien des Affaires étrangères et du Commerce international, Maxime Bernier, se disait favorable à l'idée. Le Canada a lui aussi a entamé des négociations bilatérales avec différents pays d'Amérique latine et d'Asie.
En 2006, nous avons importé pour près de 50 milliards $ de marchandises d'Europe, contre des exportations de seulement 30 milliards $. Le commerce bilatéral de marchandises avec le marché d'un demi-milliard d'habitants que constitue l'Union européenne (UE) comptait pour 9,3 % du total de nos échanges avec le monde. Il s'agit donc de notre deuxième partenaire commercial, les premiers étant évidemment nos voisins du sud, avec qui nous avons au contraire un important surplus commercial.
Un accord de libre échange avec l'UE faciliterait la diversification des marchés d'exportation pour les entreprises de chez nous, un objectif qui pourrait s'avérer rentable pour plusieurs d'entre elles compte tenu de la faiblesse actuelle du dollar américain et des ratées de l'économie étasunienne.
L'impasse dans laquelle se trouvent les négociations à l'Organisation mondiale du commerce et le gel des pourparlers en vue de la création de la Zone de libre-échange des Amériques rendent encore plus pertinente la signature d'un accord bilatéral avec les Européens.
Les vertus du libre-échange
Comme l'a démontré l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), une réduction des barrières commerciales a été bénéfique à la fois pour les entreprises et pour les consommateurs des pays concernés.
En plus de faciliter nos exportations, la réduction ou l'élimination des barrières au commerce permettrait aux consommateurs et aux entreprises d'ici d'avoir accès à davantage de produits étrangers à meilleur prix. Il est vrai que les tarifs douaniers entre le Canada et l'UE ne dépassent pas en moyenne 5 %. Mais si les avions et les turboréacteurs ont été totalement épargnés, les pêches, les minerais, les vêtements, les pièces de véhicule, le bois et le papier continuent d'être soumis à des tarifs pouvant atteindre jusqu'à 20 %. Cela est suffisant pour amener des entreprises à se tourner vers d'autres destinations afin d'exporter leurs produits.
D'autre part, pour faire face à la concurrence accrue qu'entraîne le libre-échange, les entreprises doivent réduire leurs coûts d'opération et améliorer leur productivité, ce qui entraîne une pression à la baisse sur le prix des produits fabriqués ici.
Au chapitre des investissements, les travailleurs seraient avantagés, car un plus grand nombre d'entreprises étrangères pourraient s'installer chez nous et créer ainsi des emplois. Une entente sur la mobilité de la main-d'oeuvre pourrait également s'avérer profitable pour les travailleurs des deux côtés de l'Atlantique.
Le Québec se trouve sans aucun doute dans une position avantageuse pour tirer profit d'un accord de libre-échange avec l'UE, compte tenu de sa population hautement bilingue et de ses nombreux citoyens d'origine européenne qui connaissent les langues et les coutumes du Vieux Continent.
Le gouvernement de Stephen Harper a signé, lors d'un sommet réunissant des représentants du Canada et de l'UE le 4 juin dernier, une entente de coopération en matière de réglementation. La négociation d'un accord sur le transport aérien visant à améliorer la sécurité et les services entre le Canada et l'UE devrait également s'amorcer cet automne. De plus, les deux parties réaliseront conjointement une étude pour examiner les perspectives d'un partenariat économique plus étroit.
Voilà qui représente un pas dans la bonne direction. Les gouvernements du Québec et du Canada devraient s'inspirer de l'expérience de leurs prédécesseurs il y a deux décennies et ne surtout pas baisser les bras devant les obstacles qui pourraient se présenter!
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