Défis économiques du nouveau gouvernement : oui à des interventions ciblées
Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du QuébecLe Journal de Montréal, 10 décembre 2008, p. 28
Une majorité d'employeurs applaudissent à l'élection d'un gouvernement majoritaire qui pourra se consacrer entièrement aux défis pressants auxquels le Québec et sa population sont confrontés. Parmi ces défis, personne ne se surprendra de voir l'économie se classer en tête de liste. Mais quoi faire? En effet, la question n'est pas de savoir si le gouvernement doit intervenir ou non, mais plutôt comment.
Non au « bar ouvert »
Une chose est certaine, le gouvernement du Québec devra garder la tête froide et éviter de s'éparpiller dans toutes les directions. Plusieurs groupes voudront profiter du ralentissement pour faire de l'État un « bar ouvert » où tout ce qui est au menu sera étiqueté comme étant susceptible de « relancer l'économie ». Le premier ministre Jean Charest et son équipe devront faire des choix et demeurer prudents.
Autant à Québec qu'à Ottawa les gouvernements devraient maintenir un contrôle particulièrement serré de la croissance de leurs dépenses courantes. Il ne s'agit donc pas de réduire ces dépenses, mais simplement d'en contrôler l'augmentation de manière responsable en se fixant des priorités et en les respectant.
Oui aux interventions ciblées
Certains enjeux exigent une attention immédiate.
Par exemple, certains régimes de retraite ont été durement touchés par la crise financière, et des gestes doivent être posés pour que ce problème ne vienne pas nuire indûment aux entreprises qui doivent présentement combattre sur plusieurs fronts. À cet égard, les syndicats et le patronat s'entendent sur des solutions qui tiennent compte des intérêts des travailleurs, des retraités et des employeurs. Le ministre responsable, Sam Hamad, a fait preuve de leadership dans ce dossier, et il est important que tout cela se concrétise sous peu avec une annonce officielle.
Toujours à court terme, et bien que le gouvernement Charest ait déjà beaucoup fait à cet égard dans son plus récent mandat, le moment serait idéal pour accélérer les investissements en infrastructures (routes, ponts, aqueducs et ouvrages semblables). Ce type d'investissement contribue à soutenir l'emploi et, surtout, jette les bases d'une économie dynamique pour l'avenir.
Afin de permettre aux entreprises de traverser la crise plus facilement, le gouvernement devrait prioritairement alléger la portion du fardeau fiscal que les entreprises assument, même quand elles réalisent moins ou pas de profits, comme c'est le cas actuellement pour plusieurs. On parle ici d'éliminer complètement la taxe sur le capital et de s'assurer que les taxes sur la masse salariale cessent d'augmenter.
À plus long terme
Concentrer toute son action sur le court terme serait par ailleurs un piège que le gouvernement devrait éviter. Au-delà de la conjoncture actuelle, il faudra mettre sur la table une vision ambitieuse et à plus long terme du développement du Québec.
Le vaste projet de développement hydroélectrique La Romaine, par exemple, doit aller de l'avant. Combien de sociétés dans le monde laisseraient inexploité un potentiel aussi considérable d'enrichissement? Le gouvernement devrait aussi étoffer et mettre en application le Plan Nord qu'il a dévoilé avant la campagne électorale.
Bref, ce n'est pas le travail qui manque pour le nouveau gouvernement!
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