Un avenir tout gris
Daniel Audet, premier vice-président du Conseil du patronat du QuébecLe Journal de Montréal, 03 août 2009, p. 23
Il y a quelques semaines, The Economist publiait un dossier spécial sur le vieillissement de la population à l'échelle mondiale, et surtout dans les pays développés. Pour mettre les choses en perspective, il suffit de regarder certains chiffres. Ainsi la crise actuelle, en termes d'impact sur les déficits fiscaux en pourcentage du PIB de 2050, seront de l'ordre de 20 % à 30 %. Ce qui est déjà assez élevé. Mais ces pourcentages sont bien inférieurs à l'impact qu'auront les dépenses liées au vieillissement de la population. On parle ici pour l'Espagne de 700 %, pour le Royaume-Uni de 300 % et pour le Japon de 200 %, pour ne retenir que ces exemples.
La première raison de ce déséquilibre tient au fait que les gens vivent plus vieux et en meilleure santé qu'avant. L'espérance de vie est passée de 50 ans en 1900, dans les pays riches, à 78 ans aujourd'hui, et ça augmente sans cesse. La deuxième raison est le fait que de moins en moins de gens choisissent d'avoir de nombreux enfants. Et les politiques natalistes ont un succès tout relatif. Ainsi, les États-Unis, qui n'ont pas de programmes nataliste intégré, est le grand champion des nations développées avec un taux de fertilité de deux enfants par femme. La France, qui elle, a des programmes élaborés se retrouve en-dessous de la barre du taux de deux enfants, ex aequo avec le Royaume-Uni.
Battre en retraite
Ça n'annonce rien de bon en termes macroéconomiques. La croissance économique sera probablement plus lente parce que la production, vu la pénurie de main-d'oeuvre, risque de baisser. À moins que la productivité n'augmente plus vite. Ce qui n'est pas une mince affaire avec des travailleurs plus âgés. Voilà une autre bonne raison pour mettre le cap sur une plus grande croissance de la productivité.
L'impact du vieillissement de la population sur les finances publiques n'est pas rose non plus. Les coûts de santé, qui représentent déjà 10 % du PIB au Canada, vont littéralement exploser. Les régimes de retraites privés comme publics risquent d'être gravement affectés également. Quand Bismark a introduit un régime de retraite pour les travailleurs de 70 ans et plus en
1889, l'espérance de vie d'un Prusse n'était que de 45 ans… L'âge donnant lieu au régime de retraite de l'État a été haussé à 67 ou 68 ans dans certaines juridictions. Cela ne fait que compenser partiellement l'augmentation de l'espérance de vie. The Economist estime que l'âge de la retraite à 70 ans serait plus réaliste.
Cette situation – sans parler de la bulle de l'endettement dont j'ai abondamment parlé dans mes chroniques – créera une pression intolérable sur les équilibres budgétaires et la dette publique. Il est urgent de changer la méthode de financement des retraites ou de repousser l'âge de la retraite, ou les deux. À moins d'un renversement dans la tendance lourde observée – si le mini-babyboom québécois s'intensifie par exemple – nous nous retrouverons dans cette fâcheuse situation. L'heure des choix s'en vient à grands pas. Des choix difficiles qui commandent beaucoup de courage politique. Courage auquel on n'a pas été habitué ces dernières années.
Je me demande ce que penserait Jeanne Calment de tout ça, elle qui est morte il y a quelques années à peine, et qui jadis connut Paul Gauguin. Elle détient encore le record du monde : 122 ans.
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