Le Québec a besoin de décisions courageuses
Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du QuébecLe Journal de Québec, 8 février 2010, p. 17
À la demande du Conseil du patronat du Québec, la firme Léger Marketing a sondé récemment 350 dirigeants d'entreprise, lesquels ont retenu les efforts et les résultats du gouvernement du Québec en vue de favoriser l'innovation, d'appuyer la liberté d'entreprise et l'entrepreneuriat, et d'assurer la mise en place d'infrastructures modernes.
Il convient donc de féliciter le gouvernement pour ses initiatives dans ces domaines et en particulier en matière de libre-échange puisque c'est sur cet enjeu qu'il obtient la plus haute note de la part des entreprises, sans doute le reflet du leadership personnel du premier ministre en vue d'élargir l'espace économique du Québec, tant à l'intérieur du Canada qu'avec la France et l'Union européenne.
Résultats mi-figue mi-raisin
Toutefois, les dirigeants d'entreprise accordent actuellement une note de 5,3 sur 10 quant à leur satisfaction globale à l'endroit du gouvernement. Comment expliquer ce résultat mi-figue mi-raisin? À notre avis, il faut y lire une volonté des chefs d'entreprise de voir le gouvernement prendre davantage de décisions courageuses pour l'avenir du Québec.
En effet, si les dirigeants d'entreprise savent reconnaître les initiatives et les résultats obtenus, ils souhaitent également que le gouvernement ait le courage de prendre des décisions plus difficiles au cours des prochains mois et des prochaines années. À preuve, la majorité (62 %) des membres du CPQ pensent que les politiques publiques du Québec ont besoin de réformes fondamentales pour assurer la prospérité future du Québec, alors que seulement 4 % sont satisfaits des politiques actuelles qu'ils considèrent bonnes et suffisantes (le reste, soit moins du tiers, estime que de petits ajustements suffiront).
Un test important
Le prochain budget sera le premier rendez-vous important du gouvernement parce que c'est en matière de gestion des dépenses publiques qu'il récolte son score le plus faible (3,9 sur 10) de cette enquête. Pour le guider dans ses décisions, le gouvernement devrait tenir compte des résultats suivants :
- seulement 3 % des dirigeants estiment que la solution au déficit réside exclusivement dans l'augmentation des revenus;
- dans une proportion de 95 %, ils appuient l'idée d'un « cran d'arrêt » qui obligerait le gouvernement à identifier des réductions de dépenses équivalentes chaque fois qu'il annoncera un nouveau programme, un nouveau projet ou une nouvelle politique;
- en ce qui a trait aux taxes sur la masse salariale, seulement 7 % des entreprises sont d'avis que le gouvernement devrait continuer d'augmenter les cotisations pour rencontrer les coûts grandissants de ces programmes alors que près d'une entreprise sur quatre (39 %) est plutôt d'avis qu'il faut cesser d'augmenter les cotisations en réduisant certains bénéfices à l'intérieur de ces programmes, voire diminuer carrément les cotisations en réexaminant la structure de ces programmes (53 %).
À cet égard, l'opinion des chefs d'entreprise s'avère assez semblable à celle du grand public, mesurée par un sondage similaire effectué l'automne dernier. Les chefs d'entreprise ne sont donc pas des créatures distinctes du reste de la société. Ils sont très souvent au même diapason qu'une grande partie de la population et le gouvernement pourra compter sur de larges appuis lorsqu'il entamera les réformes dont le Québec a besoin.
Autres actions requises
Outre les considérations liées aux finances publiques, le gouvernement devra aussi profiter de son statut de gouvernement majoritaire pour s'attaquer aux autres domaines pour lesquels sa performance est actuellement jugée plus faible par les entreprises, soit l'établissement de règles d'éthique en matière de gouvernance dans le secteur public, la mise en place d'un système de taxes et de cotisations sur la masse salariale qui soit compétitif, la simplification de la législation à laquelle sont soumises les entreprises et, enfin, la création d'incitatifs à la productivité et à la performance pour les entreprises.
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